SCÈNE IV
POMPÉE, A^RISTIE.
POMPÉE
Me dit-on vrai, madame, et seroit-il possible....
tomme an esclave de Syila, qui craint de déplaire à son maître; dans cette position, quelque chose quîl dise ou qu'il fasse, il est impossible de s'intéresser à lai. On prend un intérêt médiocre à Scrtorias amoareax. Viriate est peut-être le premier personnage de la pièce : mais quiconque n'étalera que de la politique n'excitera jamais les grands mouvements, qui sont l'ame de la tragédie. Il est dit, dans le Boléana*^ que Boileau n'aimait pas cette fameuse conférence de Sertorius et de Pompée. On prétend que Boileaa disait qœ cette scène n'était ni dans la raison , ni dans la nature, et qu'il était ridicule que Pompée vint redemander sa femme à Sertorius, tandis qu'il en avait une autre de la main de Sylla. J'avoue que l'objet de cette conférence peut être critiqué ; mais j'ai bien de la peine à croire que Boileaa ne ft\< pas content des morceaux adroits et sublimes de cette scène ; il savait trop bien que le goût consiste à savoir admirer lea beautés au- milieu des défauts.
' Après une scène de politique-, il n'est guère possible que ja- Boais une scène de tendresse puisse réussir. Le cœur veut être mené
* Le Boléana est nn livre anez méprisé , qui n*a jamais eu d'autorité chev tes littérateurs instniits. P.
^ SERTORIUS
ARISTIE
Oui y seigneur, il est vrai que j'ai le cœur sensible; Sui>'ant qu'on m'aime ou hait, j'aime ou hais à mon tou Et ma gloire soutient ma haine et mon amour.
Mais, si de mon amour elle est la souveraine, Elle n'est pas toujours maîtresse de ma haine; Je ne la suis pas même; et je hais quelquefois Et moins que je ne veux, et moins que je ne dois.
POMPÉE
Cette haine a pour moi toute son étendue, INladame, et la pitié ne l'a point suspendue; La générosité n'a pu la modérer.
ARISTIE
Vous ne voyez donc pas qu'elle a peine à durer. Mon feu, qui n'est éteint que parcequ'il doit l'être, Cherche en dépit de moi le vôtre pour renaître > ; Et je sens qu'à vos yeux mon courroux chancelant Trébuche, perd sa force, et meurt en vous parlant M'aimeiiez-vous encor, seigneur?
par degrés; il ne peot passer rapidement d*nn snjet à un antre: et tontes les fois qu'on promène ainsi le spectateur d'objets en objets, tout intérêt cesse. C'est une des raisons qui empêchent presque toutes les trag^es de Corneille d'être touchantes. Il parait qu'il a senti ce défaut, puisque Ser tonus et Pompée ont parlé d'Aristie à la fin de la scène précédente, mais ils n'en ont parlé que par occasion.
' Ce vers et les suivants sont un peu du haut comique, et ôtent à la femme de Pompée toute sa dignité.
* Ce feu qui cherche ie feu de Pompée, ce courroux qui trébuche; en un mot, cette scène entre un mari et une femme ne passerait pas aujourd'hui.