‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 53 sur 278 · ACTE IV, SCÈNE. ir. i f · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE. ir. i f

Et nous n'en fléchirons jamais la dureté,

A moins qu elle nous doive et gloire et liberté.

VIRÏATE.

Je vous avouerai plus, seigneur : loin d'y souscrire,

Elle en prendra pour vous une haine où j'aspire *,

Un courroux implacable, un orgueil endurci;

Et c'est par où je veux vous arrêter ici.

Qu'ai-je à faire dans Rome? et pourquoi, je vous prie?...

SERTORIUS

Mais nos Romains, madame, aiment tous leur patrie; Et de tous leurs travaux Tunique et doux espoir, C est de vaincre bientôt assez pour la revoir*.

Pour les enchaîner tous sur les rives du Tage,

Nous n'avons qu'à laisser Rome dans l'esclavage :

Ils aimeront à vivre et sous vous et sous moi,

Tant qu'ils n'auront qu'un choix d'un tyran ou d'un roi.

SERTORIUS

Ils ont pour l'un et l'autre une pareille haine, Et n'obéiront point au mari d'une reine.

VIRIATE

Qu'ils aillent donc chercher des climats à leur choix, Où^é gouvernement n'ait ni tyrans ni rois.

Nos Espagnols, formés à votre art militaire,

' Prendre une haine! aspirera une haine l un orgueil endutxi! et c'est par là i^uon veut l arrêter ici!

' Vaincre assez pour revoir Home*!

' Ce o'était, en efFet , que par des victoires réhérées que les compagnons de Sertorius pouvaient se flatter de revoir leur patrie ; et nous ne voyons pas ce que Voltaire peut reprocher à celte expression. P.

1^6 SERTORIUS

Achèveront sans eux ce qui nous reste à faire.

La perte de Sylia n'est pas ce que je veux; Rome attire encor moins la fierté de mes vœux ' : L'hymen où je prétends ne peut trouver d amorces Au milieu d une ville où régnent les divorces; Et du haut de mon trône on ne voit point d'attraits Où Ton n'est roi qu'un an, pour n'être rien après. Enfin, pour achever, j'ai fait pour vous plus qu^elle : Elle vous a banni, j'ai pris votre querelle ; Je conserve des jours qu'elle veut vous ravir. Prenez le diadème, et laissez-la servir. Il est beau de tenter des choses inouïes, Dût-on voir par Teffet ses volontés trahies.

Pour moi, d'un grand Romain je veux faire un grand i Vous, s'il faut y périr, périssez avec moi :

C'est gloire de se perdre en servant ce qu'on aime.

SERTORIUS

Mais porter dès l'abord les choses à l'qxtrême, Madame, et sans besoin faire des mécontents ! Soyons heureux plus tard pour l'être plus long-temps. Une victoire ou deux jointes à quelque adresse....

VIRIATE

Vous savez que l'amour n'est pas ce qui me presse ^,

Attirer la fierté des vœux; c'est encore une de ces expression>

impropres et sans justesse. Un hymen qui ne peut trouver (Ta-

morces au milieu d'une ville! des attraits où Von n'est roi qu'un an!

Quand on examine de près cette foule innombrable de fautes^

on est effrayé.

Nous avons déjà remarqué ce vers. ( Voyez U commencement de cette scène.)

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