‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 52 sur 278 · ACTE IV, SCÈNE II. ii · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. ii

Sans prendre aucun souci de votre dignité ! Mais quand vous oubliez ce que j'ai pu vous dire, Puis-je oublier les soins d agrandir votre empire ; Que votre grand projet est celui de régner?

VIBIATE.

Seigneur, vous faire grâce, est-ce m'en éloigner?

SERTORIUS

Ah ! madame, est-il temps que cette grâce éclate ?

VÏRIATE.

C est cet éclat, seigneur, que cherche Viriate.

SERTORIUS

Nous perdons tout, madame, à le précipiter.

L amour de Perpenna le fera révolter ;

Souffrez qu'un peu de temps doucement le ménage,

Qu'auprès d'un autre objet un autre amour l'engage :

Des amis d'Aristie assurons le secours

A force de promettre, en différant toujours.

Détruire tout l'espoir qui les tient en haleine.

C'est les perdre, c'est mettre un jaloux hors de peine,

Dont l'esprit ébranlé ne se doit pas guérir

De cette impression qui peut nous l'acquérir.

Pourrions-nous venger Rome après de telles pertes?

Pourrions-nous l'affranchir des misères souffertes ?

Et de ses intérêts un si haut abandon....

VlRIATE.

Et que m'importe à moi si Rome souffre ou non ^ ? Quand j'aurai de ses maux réparé l'infamie.

J'en obtiendrai pour fruit le nom de son amie !

' Voilà enfin des sentiments dignes d'une reîne et d'une ennemie 8. 8

,i4 SERTORIUS.

Je vous verrai consul m en apporter les lois,

Et m'abaisser vous-même au rang des autres rois \

Si vous m aimez, seigneur, nos mers et nos montagnes

Doivent borner vos vœux , ainsi que nos Espagnes :

INous pouvons nous y faire un assez beau destin;

Sans chercher d'autre gloire au pied de TAventin.

Affranchissons le Tage, et laissons faire au Tibre.

La liberté n'est rien quand tout le monde est libre;

Mais il est beau de Têtre, et voir tout l'univers

Soupirer sous le joug, et gémir dans les fers;

Il est beau d'étaler cette prérogative

Aux yeux du Rhône esclave et de Rome captive;

Et de voir envier aux peuples abattus

Ce respect que le sort garde pour les vertus.

Quant au grand Perpenna, s'il est si redoutable, Remettez-moi le soin de le rendre traitable : Je sais l'art d'empêcher les grands cœurs de faillir.

SERTOAIUS.

Mais quel fruit pensez-vous en pouvoir recueillir ? Je le sais comme vous, et vois quelles tempêtes Cet ordre surprenant formera sur nos têtes '. Ne cherchons point, madame, à faire des mutins. Et ne nous brouillons point avec nos bons destin». Rome nous donnera sans eux assez de peine, Avant que de souscrire à l'hymen d'une reine ;

de Rome. Voilà des vers qui seraient dignes de l'entrevue de Pompée et de Sertorius, avec un peu de correction.

Si tout le rôle de Viriate était de cette force , la pièce serait au rang des chefs-d'œuvre.

Un ordre surprenant qui forme des tempêtes sur des têtes t

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