‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 58 sur 278 · ACTE IV, SCÈNE III. laS · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. laS

SERTORIUS

Que sert que je promette et que je vous la donne, Quand son ambition l'attache à ma personne?

Vous savez les raisons de cet attachement, Je vous en ai tantôt parlé confidemment; Je vous en fais encor la même confidence.

Faites à votre amour un peu de violence; J'ai triomphé du mien; j'y suis encor tout prêt : Mais, s'il faut du parti ménager l'intérêt.

Faut-il pousser à bout une reine obstinée, Qui veut faire à son choix toute sa destinée, Et de qui le secours, depuis plus de dix ans. Nous a mieux soutenus que tous nos partisans?

PERPENNA

La trouvez*vous, seigneur, en état de vous nuire?

Non, elle ne peut pas tout-à-fait nous détruire ;

Mais, si vous m'enchaînez à ce que j'ai promis,

Dès demain elle traite avec nos ennemis.

Ijeur camp n'est que trop proche; ici chacun murmure^

Jugez ce qu'il faut craindre en cette conjoncture.

Voyez quel prompt remède on y peut apporter,

Et quel fruit nous aurons de la violenter '.

PERPENNA

C'est à moi de me vaincre, et la raison l'ordonne :

Mais d'un si grand dessein tout mon cœur qui frissonne...

SERTORIUS

Ne vous contraignez point; dût m'en coûter le jour,

Un fruit de violenter est un barbarisme et un solécisme.

«4 SERTORIUS

Je tiendrai ma promesse en dépit de Tamour.

PERPENNA

Si vos promesses n'ont l'aveu de Viriate....

SERTORIUS

Je ne puis de sa paît rien dire qui vous flatte.

PERPENNA

Je dois donc me contraindre, et j y suis résolu. Oui, sur tous mes désirs je me rends absolu; J'en veux, à votre exemple, être aujourd'hui le maître Et, malgré cet amour que j'ai laissé trop croître, Vous direz à la reine....

SERTORIUS

Eh bien ! je lui dirai ?

PERPENNA

Rien, seigneur, rien encor; demain j'y penserai. Toutefois la colère où s'emporte son ame Pourroit dès cette nuit commencer quelque trame» Vous lui direz, seigneur, tout ce que vous voudrez; Et je suivrai l'avis que pour moi vous prendrez.

SERTORIUS

Je vous admire et plains.

PERPENNA

Que j'ai l'ame accablée !

SERTORIUS

Je partage les maux dont je la vois comblée.

Adieu : j'entre un moment pour calmer son chagrin,

Et me rendrai chez vous à l'heure du festin '.

La scène commence par un général de Tarmée romaine, qui dit qu'il a reconduit le grand Pompée jusqu'à la porte, et finit par un autre général qui dit : Allons souper.

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