‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 57 sur 278 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Kous périrons par ceux de ses lâches ministres.

Croyez-moi, pour des gens comme vous deux et moi S

Rien n est si dangereux que trop de bonne foi.

Sylla par politique a pris cette mesure ^

De montrer aux soldats l'impunité fort sûre;

Mais pour Cinna, Carbon, le jeune Marins,

Il a voulu leur tète, et les a tous perdus.

Pour moi , que tout mon camp sur ce bruit m'abandonne,

Qu'il ne reste pour moi que ma seule personne,

9e me perdrai plutôt dans quelque affreux climat,

Qu'aller tant qu'il vivra briguer le consulat.

Vous....

PERPENNA

Ce n'est pas, seigneur, ce qui me tient en peine. Exclus du consulat par l'hymen d'une reine.

Du moins si vos bontés m'obtiennent ce bonheur, Je n'attends plus de Rome aucun degré d'honneur; Et, banni pour jamais dans la Lusitanie, J'y crois en sûreté les restes de ma vie.

SERTOBIUS.

Oui; mais je ne vois pas encor de sûreté

' Des gens comme vous deux !

* Ud homme d*ëtat prend des mesures; un ouvrier, un maçon ^ on tailleur, un cordonnier, prennent une mesure *.

* Parmi les mesureu que ])rcnd un homme d'état pour arriver à son but , ne peut-il pas en être une Kur laquelle il compte beaucoup plus que sur les antres? alors ne dirait-il pas très hien, au singulier, j'ai pris cette mesure, parcequ'elle m a 'paru devoir me conduire infailliblement au succès? On dit, il est vrai , d'uo uilleur et d*un cordonnier, qu'i/!» prennent mesure, nais non qn't7« prennent une mesure. La différence parait très petite , mais c'en est pas moins réelle. P.

122 SERTbRiUS.

A ce que voul et moi nous avions concerte.

Vous savez que la reine est d'une humeur si fière.... Mais peut-être le temps la rendra moins altière. Adieu : dispensez-moi de parler là-dessus.

PERPENNA

Parlez, seigneur : mes vœux sont-ils si mal reçus? Est-ce en vain que je Faime, en vain que je soupire ?

SERTORIUS

Sa retraite a plus dit que je ne puis vous dire.

PERPENNA

Elle ma dit beaucoup : mais, seigneur, achevez,

Et ne me cachez point ce que vous en savez.

Ne m'auriez- vous rempli que d'un espoir frivole?

Non, je vous l'ai cédée, et vous tiendrai parole. Je l'aime, et vous la donne encor malgré mon feu; Mais je crains que ce don n'ait jamais son aveu, Qu'il n'attire sur nous d'impitoyables haines. Que vous dirai-je enfin? L'Espagne a d autres reines; Et vous pourriez vous faire un destin bien plus doux, Si vous faisiez pour moi ce que je fais pour vous. Celle des Vacéens, celle des Ilergétes ' , Rendroient vos volontés bien plus tôt satisfaites ; La reine avec chaleur sauroit vous y servir.

PERPENNA

Vous me l'avez promise, et me l'allez ravir!

' On ne s'attendait ni à la reine des Vacéens , ni à celle des Ilergétes. Rien n'est plus froid que de pareilles propositions; et, dans une tragédie, le froid est encore plus insupportable que le comique déplacé, et que les fautes de langage.

Page 1