ACTE I, SCÈNE I
Son nom &it tout pour lui sans qu^il en sache rien. Je sais qu'il peut aimer, et nous cacher sa flamme : Mais je veux sur ce point lui découvrir mon ame; Et, s'il peut me céder ce trône où je prétends, J'immolerai ma haine à mes désirs contents ' ; Et je n envierai plus le rang dont il s'empare, S'il m'en assure autant chez ce peuple barbare, Qui, formé par nos soins, instruit de notre main, Sous notre discipline est devenu romain.
AUFIDE
Lorsqu'on fait des projets d'une telle importance, Les intérêts d'amour entrent-ils en balance?
Et, si ces intérêts vous sont enfin si doux, Viriate, lui mort, n'est-elle pas à vous?
PERPENNA
Oui; mais de cette mort la suite m'embarrasse^. Aurai-je sa fortune aussi bien que sa place?
Ceux dont il a gagné la croyance et l'appui Prendront-ils même joie à m'obéir qu'à lui 3? Ety pour venger sa trame indignement coupée,
de l'influence, de l'ascendant; mais on n'a jamais attribué de la violence à un astre *.
' Contents est.de trop, et n'est là que pour la rime. Cest un défaut trop commun.
* M* embarrasse^ terme de comédie.
' Cest bien pis. Par quelle fatalité, à mesure que la langue se polissait, Corneille mettait-il toujours plus de barbarismes dans ses vers ?
* Si dans les anciens préjugés an astre a non seulement de la puissance , mais une influence prédominante , uu ascendant irrésistible , pourquoi nr ponrrait-on pas lui attribuer de la violence? P.
ao SERT0RIC8.
N'arborerontr-iis point Tétendard de Pompée?
AUFIDE
C'est trop craîadre, et trop tard; c'est àaîBs voire Ceatm Que ce soir par votre ordre on tranche son desjdn. La trêve a dispersé l'armée à la campagne^ Et vous en commandez ce qui nous accompagne.
L'occasion nous rit dans un si grand dessein, Mais td bras n'est à nous que jusque» à demain. Si vous rompez le coup, prévenez les indices. Perdez Sertorius, ou perdez vos complices.
Craignez ce qu'il £aaU craindre : il en est pasmi nous Qui pourroient bien avoir mêmes remords que vous ; Et si vous difierez.... Mais le tyran arrive. Tâchez d'en obtenir l'objet qui vouâ captive ;. Et je prierai les dieux que dans cet entretien Vous ayez assez d'heur pour n'en obtoûr rien.