‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 5 sur 278 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

De notre rcpuMkpe à Rome anéantie,

On y voit refleurir la plus n<^le partie;

Et cet asile, ouvert aux illustres proscrits.

Réunit du sénat le précieux débris.

Par lui Sertorius gouverne ces provinces,

Leur impose tribut, fait des lois à leurs princes >,

Maintient de nos Romains le reste indépendant :

Mais comme tout parti demande un commandant,

Ce bonheur imprévu qui par-tout laccompagne.

Ce nom qu'il s'est acquis chee les peuples d'Espagne....

AUFTDE.

Ah! c'est ce nom acquis avec trop de bonheur

Qui rompt votre fortune et vous ravit l'honneur :

Vous n'en sauriez douter, pour peu qu'il vous souvienne

Du jour que votre armée alla joindre la sienne.

Lors....

PEBPENNA.

N'envenime point le cuisant souvenir Que le commandement devoit m'appartenir.

Je le passois en nombre aussi bien qu'en noblesse ; Il succomboit sans moi sous sa propre foiblesse : Mais sitôt qu'il parut je vis en moins de rien Tout mon camp déserté pour repeupler le sien ; Je vis par mes soldats mes aigles arrachées Pour se ranger sous lui voler vers ses tranchées ; Et, pour en colorer l'emportement honteux, Je les suivis de rage, et m'y rangeai comme eux.

' Par un caprice de langue on dit finre i»}ot à qnelqv'un, et no», pat faire des lois à qaelqa*mo.

28 SERTORIUS

L'impérieuse aigreur de 1 âpre jalousie Dont en secret dès-lors mon ame fut saisie Grossit de jour en jour sous une passion ' Qui tyrannise encor plus que Fambition :

J'adore Viriate ^; et cette grande reine, Des Lusitaniens Fillustre souveraine, Pourroit par son hymen me rendre sur les siens Ce pouvoir absolu qu'il m'ôte sur les miens.

Mais elle-même, hélas! de ce grand nom charmée. S'attache au bruit heureux que fait sa renommée ; Cependant qu'insensible à ce qu'elle a d'appas Il me dér<^ un cœur qu'il ne demande pas.

De son aSitre opposé telle est la violence 3, Qu'il me vole par-tout^ même sans qu'il y pense. Et que, toutes les fois qu'il m'enlève mon bien,

' Une aigreur s*enveninie, devient plus cuisante, se tourne en haine, en fureur, mais une aigreur qui grossit sous une passion n*est pas tolérable.

' Après avoir entendu les discours d*un conjuré romain qui doit assassiner son général ce jour même, on est bien étonné de lui ei> tendre d're tout d'un coup ^f adore Viriate. Il n'y a que la malheureuse habitude de voir toujours des héros amoureux sur le théâtre, comme dans les romans, qui ait pu faire supporter un si étrange contraste. Quand on représente un héros enivré de la passion furieuse et tragique de Tamour, il faut qu'il en parle d'abord : son cœur est plein ; son secret doit échapper avec violence : il ne doit pas dire en passant, j'ac/ore; le spectateur n'en croira rien. Vous parlez d'abord politique, et après tous parlex d'amour. Si on a dit ^ non bene conveniunty nec eâdem in sede morantur majestas et amovy on en doit dire autant de l'amour et de la politique ; l'une fait tort à l'autre ; aussi ne s'intéresse-t-on point du tout à la passion prétendue de Perpenna pour la reine de Lusitanie.

' Un astre, dans les anciens préjugés reçus, a de la puissance.

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