ARISTIE, VIRIATE
ABISTIE.
Oui, madame, j'en suis comme vous ennemie.
Vous aimez les grandeurs, et je hais Tiniàmie. Je cherche à me venger, vous, à vous établir; Mais vous pourrez me perdre, et moi vous afibiblir, Si le cœur mieux ouvert ne met d'intelligence
' Que Yeulent Aristie et Viriate? qo'ont-elles à se dire? Elles se parient ponr se parier : c*est une dame qui rend visite à une autre, «lies font la conversation ; et cela est si vrai , que Viriate répète à la femme de Pompée tout ce qu'elle a df>ja dit de Sertorius.
La rê{];le est qu'aucun personnage ne doit paraître sur la scène sans nécessité: ce n*est pas encore assez, il faut que cette nécessité soit intéressante. Ces dialogues inutiles sont ce qu*on appelle du remplissage. Il est presque impossible de faire une tragédie exempte de ce défaut. L*usage a voulu que les actes eussent une longueur à-peu-près égale. Le public, encore grossier, se croyait trompé s'il n'avait pas deux heures de spectacle pour son argent. Les chœurs des anciens étaient absolument ignorés, et, dans ces mallieureux jeux de paume, où de mauvais farceurs étaient accoutumés à déclamer les farces de Hardi et de Garnier, le bourgeois de Paris eidgeait pour ses cinq sous qu'on déclamât pendant deux heures. Cette loi a prévalu depuis que nous sommes sortis de la
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Votre établissement avecque ma vengeance.
On m'a volé Pompée ; et moi pour le braver, Cet ingrat que sa foi n'ose me conserver, Je cherche un autre époux qui le passe, ou Tégale : Mais je n'ai pas dessein d'être votre rivale, Et n'ai point dû prévoir, ni que vers un Romain Une reine jamais daignât pencher sa main.
Ni qu'un héros, dont l'ame a paru si romaine, Démentit ce grand nom par l'hymen d'une reine. J'ai cru dans sa naissance et votre dignité Pareille aversion et contraire fierté.
Cependant on me dit qu'il consent l'hyménée, Et qu'en vain il s'oppose au choix de la journée, Puisque, si dès demain il n'a tout son éclat, Vous allez du parti séparer votre état.
Comme je n'ai pour but que d'en grossir les forces, J'aurois grand déplaisir d'y causer des divorces. Et de servir Sylla mieux que tous ses amis, Quand je lui veux par-tout faire des ennemis. Parlez donc : quelque espoir que vous m'ayez vu prendre, Si vous y prétendez, je cesse d'y prétendre.
Un reste d'autre espoir, et plus juste, et plus doux,
Saura voir sans chagrin Sertorius à vous.
Mon cœur veut à toute heure immoler à Pompée
Tous les ressentiments de ma place usurpée ;
Et, comme son amour eut peine à me trahir,
l'ai voulu me venger, et n'ai pu le haïr.
Wbarie où nous étions plongés On ne peut trop 8*dlever contre ce ridicule usage.
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Ke me déguisez rien, non plus que je déguise.
Viriate à son tour vous doit même franchise , Madame; et d'ailleurs même on vous en a trop dit. Pour vous dissimuler ce que j'ai dans Tesprit.
J'ai fait venir exprès Sertorius d'Afrique Pour sauver mes états d'un pouvoir tyrannique ; Et mes vcHsins domptés m'apprenoient que sans lui Nos rois contre Sylla n'étoient qu'un vain appui. Avec un seul vaisseau ce grand héros prit terre ■ ; Avec mes sujets seuls il commença la guerre : Je mis entre ses mains mes places et mes ports. Et je lui confiai mon sceptre et mes trésors* Dès l'abord il sut vaincre, et j'ai vu la victoire Enfler de jour en jour sa puissance et sa gloire. Nos rois lassés du joug, et vos persécutés, Avec tant de chaleur l'ont joint de tous côtés, Qu'enfin il a poussé nos armes fortunées Jusqùes à vous réduire au pied des Pyrénées.
Mais, après l'avoir mis au point où je le voi, Je ne puis voir que lui qui soit digne de moi ; Et, regardant sa gloire ainsi que mon ouvrage. Je périrai plutôt qu'une autre la partage.
Mes sujets valent bien que j'aime à leur donner Des monarques d'un sang qui sache gouverner, Qui sache faire tête à vos tyrans du monde,
Ces particularités ont déjà été annoncées dès le premier acte. Viriate fait, au cinquième, une nouvelle exposition. Rien ne fait mieux voir qu'elle n'a rien à dire; point de passion, point d'intri^e dans Viriate, nul chan^jement d*état.