‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 63 sur 278 · ACTE V, SCÈNE II. i3i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II. i3i

ARISTIE lit

« Chère sœur, pour ta joie il est temps que tu saches « Que nos maux et les tiens vont finir en efFet. « Sylla marche en public sans faisceaux et sans haches, « Prêt à rendre raison de tout ce qu'il a fait.

« Il s'est en plein sénat démis de sa puissance; « Et si vers toi Pompée a le moindre penchant, « Le ciel vient de briser sa nouvelle alliance, « Et la triste Emilie est morte en accouchant.

« Sylla même consent, pour calmer tant de haines, «Qu'un feu qui fut si beau rentre en sa dignité, « Et que rhymen te rende à tes premières chaînes, «En même temps qu'à Rome il rend sa liberté.

nQUriNTUS ARISTIUS.»»

Le ciel s'est donc lassé de m'être impitoyable ! Ce bonheur, comme à toi, me paroit incroyable. Cours au camp de Pompée, et dis-lui, cher Arcas....

ARCAS

lia cette nouvelle, et revient sur ses pas.

De la part de Sylla chargé de lui remettre Sur ce grand changement une pareille lettre, A deux milles d'ici j'ai su le rencontrer',

ARlSTIE.

Quel amour, quelle joie a-t-il daigné montrer? Que dit-il ? que fait-il ?

' Gefai su fait entendre qu'il y avait beaucoup de peine, beaucoup d'art et de savoir-faire à rencontrer Pompée :fai su vaincre ^iré^nery parceque ce sont deux choses très difBciles.

J*ai su , par une longue et pénible industrie , Des plus mortels venins prévenir la furie....

i32 SERTORIUS.

ARCAS

Par votre expérience Vous pouvez bien juger de son impatience; Mais, rappelé vers vous par un transport d'amour Qui ne lui permet pas d'achever son retour.

L'ordre que pour son camp ce grand effet demande L'arrête à le donner, attendant qu'il s'y rende '. Il me suivra de près, et m'a fait avancer Pour vous dire un miracle où vous n'osiez penser.

ARISTIE

Vous avez lieu d'en prendre une alégresse égale, Madame ; vous voilà sans crainte et sans rivale.

J'ai su lui préparer des craintes et des veilles.... J'ai prévu ses complots, je sais les prévenir.

Le mot savoir est bien placé dans tous ces exemples: il indiqa» la peine qu'on a prise.

Mais j'ai su rencontrer un homme en chemin est ridicule. Tous les mauvais poëtes ont imité cette faute.

' Tout ce couplet est confus , obscur, inintelligible ; tournez-le en prose : Son transport dCamour qui le rappelle ne lui permet pas dachever son retour, et l'ordre que ce grand effet demande pour son camp l'arrête à le donner, attendant quil se rende à ce camp. Un pareil langage est-il supportable? Il est triste d'être forcé de relever des fautes si considérables et si fréquentes.

( Fin de la scène. ) Un domestique qui apporte une lettre et des nouvelles qui n'ont rien de surprenant, rien de tragique, est absolument une chose indigne du théâtre. Anstie, qui n'a produit dans la pièce aucun événement, apprend par un exprès que la seconde femme de Pompée est morte en couche.

Arcas dit qu'il a rendu une pareille lettre à Pompée, qu'il a rencontré à deux milles de la ville. Ce ne sont pas là certainement les péripéties , les catastrophes que demande Aristote ; c'est un fait historique altéré mis en dialogues.

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