‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 66 sur 278 · PERPENNA, ARISTIE, VIRIATE, THAMIRE, ARCAS · texte numérisé non relu

PERPENNA, ARISTIE, VIRIATE, THAMIRE, ARCAS

PERPENNA, à Viriate.

Sertorius est mort; cessez d'être jalouse, Madame, du haut rang qu'auroit pris son épouse. Et n'appréhendez plus, comme de son vivant, Qu en vos propres états elle ait le pas devant ^

» Cest une chose également révoltante et froide que rironie avec laquelle cet assassin vient répéter à Viriate ce qu'elle lui avait dit au second acte, qu elle craignait qu Aristie ne prit le pas devant.

Il vient se proposer avec des qualités où Viriate trouvera de quoi mériter une reine. Son bras Ta dégagée d'un choix abject. Enfin il fait entendre à la reine qu'il est plus jeune que Sertorius.

Il n'y a point de connaisseur qui ne se rebute à cette lecture; le seul fruit qu'on en puisse retirer, c'est que jamais on ne doit mettre un grand crime sur la scène, qu'on ne fasse frémir lé spectateur, que c'est là où il faut porter le trouble et l'effroi dans l'ame, et que tout ce qui n'émeut point est indigne de la scène tragique.

C'est une règle puisée dans la nature , qu'il ne faut point parler d'amour quand on vient de comniettre un crime horrible , moins par amour que par ambition. Gomment ce froid amour d'un scélérat pourrait-il produire quelque intérêt.'^ Que le forcené Ladislas, emporté par sa passion, teint du sang de son rival, se jette aux pieds de sa maîtresse, on est ému d'horreur et de pitié. Oreste fait un effet admirable dans Andromaque, quand il parait devant Hermione qui l'a forcé d'assassiner Pyrrhus. Point de grands crimes sans de grandes passions qui fassent pleurer pour le cri* niiiicî même. C'est là la vraie tragédie.

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