‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 74 sur 278 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

Pour me justifier avant que vous rien dire :

Mais je n'abuse point d'un si facile accès, Et je n ai jamais su dérober mes succès.

Quelque appui que son crime aujourd'hui vous enlève , Je vous ofiEre la paix, et ne romps point la trêve; Et ceux de nos Romains qui sont auprès de vous Peuvent y demeurer sans craindre mon courroux.

Si de quelque péril je vous ai garantie, Je ne veux pour tout prix enlever qu'Aristie,

coimaissait bien le coeur humain , quand il disait que le simple châtiment d*un coupable ne pouvait être un sujet propre au théâtre.

Encore une fois, le cœur veut être ëmu; et, quand on ne le trouble pas, on manque à la première loi de la tragédie.

Viriate parle noblement à Pompée; mais des compliments finissent toujours une tragédie froidement. Toutes ces vérités sont dures, je Favoue; mais à qui dures? à un homme qui n*est plus? Quel bien lui ferai-je en le flattant? quel mal, en disant vrai? Ai-je entrepris un vain panégyrique ou un ouvrage utile ? Ce n*est pas pour lui que je réfléchis, et que j'écris ce que m*ont appris cinquante ans d'expérience, c'est pour les auteurs et pour les lecteurs. Quiconque ne connaît pas les défauts, est incapable de connaître les beautés ; et je répète ce que j'ai dit dans l'examen de presque toutes ces pièces, que la vérité est préférable à Corneille, et qu'il ne faut pas. tromper les vivants par respect pour les morts. Je ne sois pas même retenu par la crainte de me voir soupçonné de sentir un plaisir secret à rabaisser un grand homme, dans la vaine idée de m*égaler à lui en l'avilissant : je me crois trop audessous de lui. Je dirai seulement ici que je parlerais avec plus de hardiesse et de force si je ne m'étais pas exercé quelquefois dans l'art de Corneille.

J'ai dit ma pensée avec l'honnête liberté dont j'ai fait profession toute ma vie ; et je sens si vivement ce que le père du théâtre a de sublime, qu'il m'est permis plus qu'à personne de montrer an quoi il n'est pas imitable.

r48 SERTORIUS.

A qui devant vosyeux, enfin maître de moiy

Je rapporte avec joie et ma main et ma foi.

Je ne dis rien du cœur, il tint toujours pour elle.

ARISTIE

Le mien sa voit vous rendre une ardeur mutuelle; Et, poiu* mieux recevoir ce don renouvelé, Il oubliera, seigneur, qu'on me Ta voit volé.

VIRIATE

Moi, j'accepte la paix que vous m'avez offerte; C'est tout ce que je puis, seigneur, après ma perte; Elle est irréparable : et comme je ne voi Ni chefs dignes de vous, ni rois dignes de moi, Je renonce à la guerre ainsi qu'à Thyménée ' ; Mais j'aime encor l'honneur du trône où je suis née. D'une juste amitié je sais garder les lois.

Et ne sais point régner comme régnent nos rois. S'il faut que sous votre ordre ainsi qu'eux je domine, Je m'ensevelirai sous ma propre ruine :

Mais, si je puis régner sans honte et sans époux. Je ne veux d'héritiers que votre Rome, on vous; Vous choisirez, seigneur; ou, si votre alliance Ne peut voir mes états sous ma seule puissance, Vous n'avez qu'à garder cette place en vos mains. Et je m'y tiens déjà captive des Romains.

POMPÉE

Madame, vous avez l'ame trop généreuse Pour n'en pas obtenir une paix glorieuse ;

' Cette tirade de Viriate est très à sa place, pleine de raison et de noblesse.

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