‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 8 sur 278 · ACTE I, SCÈNE IL 3i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL 3i

Je n'en suis point siurpris : mais ce ({ai me surprend, C est de voir que Pompée ait pris le nom de Grand» Pour faire encore au vôtre entière déférence % Sans vouloir de lieu neutre à cette conférence. C'est avoir beaucoup feit que d avoir jusque-là Fait descendre Torgueil des héros de Sylla.

8ERTORIUS.

S'il est plus fort que nous, ce n'est plus en Espagne, Où nous forçons les siens de quitter la campagne \ Et de se retrancher dans l'empire douteux Que lui soufire à regret une province ou deux, Qu'à sa fortune lasse il craint que je n'enlève, Sitôt que le printemps aura fini la trêve.

C'est l'heureuse union de vos drapeaux aux miens Qui fait ces beaux succès qu'à toute heure j'obtiens; C'est à vous que je dois ce que j'ai de puissance : Attendez tout aussi de ma reconnoissance.

Je reviens à Pompée, et pense deviner Quels motifs jusqu'ici peuvent nous l'amener.

Comme il trouve avec nous peu de gloire à prétendre ^

' Faire déférence est un solécisme. On montre, on a de la déférence ; on ne fiût point déférence comme on fait hommage.

' Quitter la campagne est une de ces expressions triviales qui ne doiTcnt jamais entrer dans le tragique. Scarron , voulant obtenir le rappel de son père, conseiller au parlement, exilé dans une petite' terre, dit au cardinal de Richelieu :

Si TOUS avez fait quitter la campagne Au roi tanné qui commande en Espagne , Mon père , hélan ! qui vous crie merci , La quittera, û t<vis vouLex^ aussi.

32 SERTORIUS

Et qu au lieu d attaquer il a peine à défendre S Il voudroit qu un accord, avantageux ou non,: L'affranchit d'un emploi qui ternit ce grand nom; Et chatouillé d'ailleurs par l'espoir qui le flatte, . De faire avec plus d'heur la guerre à Mithridate, Il brûle d'être à Rome, afin d'en recevoir Du maître qu'il s'y donne et l'ordre et le pouvoir.

PERPËNNA.

J'aurois cru qu'Aristie ici réfugiée, Que, forcé par ce maître, il a répudiée.

Par un reste d'amour l'attirât en ces lieux Sous une autre couleur lui faire ses adieux^;

1 Cest un solécisme *; il faut, il a peine à se défendre^ Ce yerbe n'est neutre que <piand il si^poifie prohiber, empêcher; je défends qu'on prenne les armes, Je défends quon marche de ce côté, etc.

* Gela n'est pas français , c'est un barbaiisme de phrase : on vient faire, on engage, on invite à faire, on attire <pielqu'un dans une ville pour y faire ses adieux ; mais attirer faire est un solécisme intolérable. De plus, toutes ces expressions et ces tours sont de la prose trop négligée et trop embrouillée.

Saurais cru quAristie Vattirat est un solécisme; il faut V attirait, à l'imparfait, parceque la chose est positive ** : j'aurais cru que vous

* Cette faute était à remarquer, d'autant plus qu'aujourd'hui même eUe échappe à de jeunes gens qui passent pour bien écrire. Dans le poëme intitulé le Mérite des Femmes , on trouve ce vers , que Fauteur aurait dû corriger :

Chacun savoit mourir, nul ne savoit défendre. P.

** Voltaire , dans Nanine, s'est permis un solécisme à-peu-près pareil :

En s'ëpousant , ils crurent qu'ils s'aimèrent.

Il faut qu'ils s*aimoient, ou qu*ib smmeroieni. Ce solécisme n'ezcnse. pas celui de Corneille ; mais il étonne , parcequ'on ne peut pas l'imputer au temps où Voltaire écrivait. P.

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