‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 81 sur 278 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Sa rigueur n'a jamais le dehors si sévère ,

Que leur perte au-dedans ne lui devienne amère;

Et, de quelque façon qu'elle nous fasse agir.

Un esclave échappé nous fait toujours rougir '.

Qui rejette un beau feu n aime point qu'on l'éteigne :

On se plaît à régner sur ce que l'on dédaigne;

Et Ton ne s'applaudit d'un illustre refus

Qu'alors qu'on çst aimée après qu'on n'aime plus.

Je veux donc, s'il se peut, que l'heureux Massinisse .Prenne tout autre hymen pour un affreux supplice; Qu'il m'adore en secret; qu'aucune nouveauté N'ose le consoler de ma déloyauté ; Ne pouvant être à moi, qu'il ne soit à personne, Où qu'il souffre du moins que mon seul choix le donne. Je veux penser encor que j'en puis disposer.

Et c'est de quoi la paix me va désabuser.

' CeUe petite coquetterie comique et cette nouvelle dissertation sur les femmes qui veulent toujours conserver leurs amants sont si déplacées, que la confidente a bien raison de lui dire respectueusement qu'elle est une capricieuse. Ce mot seul de caprice 6te au rôle de Sophonisbe toute la dignité quMl devait avoir, détruit l'intérêt, et est un vice capital. Ajoutez à cette grande faute les défauts continuels de la diction, comme Éryxe qui avance la douleur de Sophonisbe par sa joie ; une nouveauté qui n'ose consoler de la déloyauté ; un illustre refus ; une perte devenue amère au-dedans ; Henninie qui ne comprend pas que peut importer à laquelle on veuille s'arrêter; un reste d'amour qui ne va point à regretter une perte dont on prendrait encore l'occasion offerte; et tout ce galiinatias absurde qu'on ne remarqua pas assez dans un temps où le goût des Français n'était pas encore Formé , et qu'on ne remarque g^ère aujourd'hui, parcequ'on ne lit pas avec attention, et surtout parceque personne ne lit les deroières pièces de Corneille. 8. ta

Juge si j'aurai lieu d'en être satisfaite , Et par ce que je crains vois ce que je souhaite. Mais Éryxe déjà commence mon malheur.

Et me vient par sa joie avancer ma douleur.

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