‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 85 sur 278 · ACTE I,. SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE I,. SCÈNE III. i

Et voudrois vous seryir malgré ce grand courroux.

ÉaTXE.

Craignez que je ne puisse en dire autant de vous. Mais le roi vient, adieu ; je n ai pas Timprudence De m'ofFrir pour troisième à votre conférence ; Et d ailleurs, s'il vous vient demander votre aveu, Soit qu'il Fobtienne, ou non, il m'importe fort peu '.

' Cette conversation politique entre deox femmes, leurs petites picoteries, n'ëlèvent Famé du spectateur, ni ne la remuent; et le lecteur est rebute de voir à tout moment de ces vers de comédie que Corneille s*est permis dans toutes ses pièces depuis Cinnay et que le succès constant de Cinna devait rengager à proscrire de son style. On pourrait observer les solëcismes, les barbarismes de ces deux femmes, et, ce qui est bien plus impardonnable, leur langage trivial et comique.

11 nest pas permis de mettre dans une tragédie des vers tels que ceux-ci :

Aves-vout en ces lieux quelque commeree? — - Aucun. — D'où le savez-vous donc? •— D'un peu de sent commun.... On pourroit fort attendre. — Et dorant cette attente, Vous pourries n'avoir pas Famé la pfau contente.... On ne voit point d'ici ce qui se passe à Rome. — Biais , madame , les dieux vous ront-ils révélé ? —

L'ame la plus crédule

D'un miracle pareil feroit quelque scrupule. —

Un succès hautement emporté ,

Qui mettroit notre gloire en pbs cTégaKté. —

Du reste , si la paix vous plait on vous déplatt....

La bataille et la paix sont pour moi même chose , etc. , etc.

Cest là ce que Saint-Évremond appelle parler avec dignité, c'est ia véritable tragédie : et VAndromaque de Racine est à ses yeux une pièce dans laquelle il y a des choses qui approchent du bon ! Tel est le préjugé ; telle est l'envie secrète qu*on porte au mérite nouveau sans presque s'en apercevoir. Saint-Évremond était né après Cueille, et avait vu naître Racine. Osons dire qu'il n'était digne

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