‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 87 sur 278 · ACTE I, SCÈNE IV. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV. i

Je vis ces deux héros, jaloux de mon suffrage,

Le briguer, Fun pour Rome, et Fautre pour Carthage :

Je les vis à ma table, et sur un même lit;

Et comme ami commun j'aurois eu tout crédit

Votre beauté, madame, emporta la balance.

De Carthage pour vous j'embrassai TalUance;

Et, comme on ne veut point d'arbitre intéressé.

C'est beaucoup aux vainqueurs d'oubher le passé.

En l'état où je suis, deux batailles perdues.

Mes villes la plupart surprises ou rendues.

Mon royaume d'argent et d'honmies afibibli,

C'est beaucoup de me voir tout d'un coup rétabli.

Je reçois sans combat le prix de la victoire ;

Je rentre sans péril en ma première gloire;

£t, ce qui plus que tout a Ueu de m'étre doux.

Il m'est permis enfin de vivre auprès de vous. .

SOPHONISBE

Quoi que vous résolviez, c'est à moi d'y souscrire; J oserai toutefois m'enhardir à vous dire Qu'avec plus de plaisir je verrois ce traité, Si j'y voyois pour vous, ou gloire, ou sûreté. Mais, seigneur, m'aimez- vous encor?

STPHAX.

Si je vous aime?

SOPHONISBE

Oui, m'aimez-vous encor, seigneur?

STPHAX.

Plus que moi-même.

SOPHONISBE

Si mon amour égal rend vos jours fortunés,

i86 SOPHONISBE.

Vous souvient-il encor de qui vous le tenez?

STPHAX.

De vos bontés, madame.

SOPHONISBE

Ah! cessez, je vous prie, De faire en ma faveur outrage à ma patrie.

Un autre avoit le choix de mon père et le mien. Elle seule pour vous rompit ce doux lien.

Je brûlois d'un beau feu, je promis de leteindre; J^ai tenu ma parole, et j'ai su m y contraindre. Mais vous ne tenez pas, seigneur, à vos amis Ce qu acceptant leur don vous leur avez promis ; Et, pour ne pas user vers vous d'un mot trop rude. Vous montrez pour Gartbage un peu d'ingratitude.

Quoi ! vous , qui lui devez ce bonheur de vos jours, Vous, que mon hyménée engage à son secours, Vous, que votre serment attache à sa défense, Vous manquez de parole et de reconnoissance ! Et, pour remerciement de me voir en vos mains. Vous la Uvrez vous-même en celles des Romains! Vous brisez le pouvoir dont vous m'avez reçue. Et je serai le prix d'une amitié rompue, Moi qui, pour en étreindre à jamais les grands nœuds, Ai d'un amour si juste éteint les plus beaux feux! Moi, que vous protestez d'aimer plus que vous-même! Ah! seigneur, le dirai-je? est-ce ainsi que l'on m'aime?

SYPHAX

Si vous m'aimiez, madame, il vous seroit bien doux De voir comme je veux ne vous devoir qu'à vous; Vous ne vous plairiez pas à montrer dans votre ame

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