SCÈNE H
MASSINISSE, ÉRYXE, BARCÉE, MÉZÉTDLLE.
Enfin, maître absolu des murs et de la ville, Je puis vous rapporter un esprit plus tranquille, Madame, et voir céder en ce reste du jour Les soins de la victoire aux douceurs de lamour. Je n^aurois plus sujet d'aucune inquiétude, N'étoit que je ne puis sortir d'ingratitude, Et que dans mon bonheur il n'est pas bien en moi De m'acquitter jamais de ce que je vous doi.
Les forces qu'en mes mains vos bontés ont remises, Vous ont laissée en proie à de lâches surprises. Et me rendoient ailleurs ce qu'on m'avoit ôté.
Je fadore, et je veux qa*U m'adore de même.... Pour juste aux yeux de tous qu'en puisse être la cause, Une fenmie jalouse à cent mëpris s'expose.
Mus elle fait de bruit, moins on en fait d'état.
Est-ce là une comédie de Montfleuri? est-ce nne tragfédie de Corneille?
' Cette scène est aussi froide et aussi comiquemcnt écrite que la précédente. Massinisse est non seulement le maître de la ville, mait aussi des murs. // voit céder les soins de la victoire aux douceurs de Famour en ce reste du jour. Il nauroit plus sujet et aucune inquié^ tudcy n*étoit quil ne peut sortir d'ingratitude. Quand on fait parler ainsi ses héros , il faut se taire. Éryxe dit autant de sottises que Massinisse : j'appelle hardiment les choses par leur nom ; et j*ai cette hardiesse parceque j'idolâtre les beaux morceaux du Cid, d* Horace, de Cinna, de Pofyeucte, «t de Pimipée*
igS SOPHONISBE.
Tandis qu'on vous ôtoit et sceptre et liberté. Ma première victoire a fait votre esclavage ; Celle-ci, qui le brise, est encor votre ouvrage; Mes bons destins par vous ont eu tout leur e£fet, Et je suis seulement ce que vous m'avez fait. Que peut donc tout l'effort de ma reconnoissance. Lorsque je tiens de vous ma gloire et ma puissance? Et que vous puis-je offrir que votre propre bien, Quand je vous offrirai votre sceptre et le mien?
ÉRYXE.
Quoi qu'on puisse devoir, aisément on s'acquitte,
Seigneur, quand on se donne avec tant de mérite :
C'est un rare présent qu'un véritable roi
Qu'a rendu sa victoire enfin digne de moi.
Si dans quelques malheurs pour vous je suis tombée,
Nous pourrons en parler un jour dans Hyarbée,
Lorsqu'on nous y verra dans un rang souverain,
La couronne à la tête, et le sceptre à la main.
Ici nous ne savons encor ce que nous sommes :
Je tiens tout fort douteux tant qu'il dépend des homme:
Et n'ose m'assurer que nos amis jaloux
Consentent l'union de deux trônes en nous.
Ce qu'avec leurs héros vous aver de pratique
Vous a dû mieux qu'à moi montrer leur politique.
Je ne vous en dis rien : un souci plus pressant,
Et, si je l'ose dire, assez embarrassant.
Où même ainsi que vous la pitié m'intéresse.
Vous doit inquiéter touchant votre promesse.
Dérober Sophonisbe au pouvoir des Romains,
C'est un pénible ouvrage, et digne de vos mains;