ACTE II, SCÈNE I. igS
Et je n en arrachois que de profonds hélas, £t qu'enfin son amour ne la méritoit pas.
Juge, par ces soupirs que produisoit labsence. Ce qu'à leur entrevue a produit la présence.
BARCÉE.
Elle a produit sans doute un effet de pitié
Où se mêle peut-être une ombre d'amitié.
Vous savez qu'un cœur noble et vraiment magnanime.
Quand il bannit l'amour, aime à garder l'estime;
Et que, bien qu'offensé par le choix d'un mari,
Il n'insulte jamais à ce qu'il a chéri.
Mais , quand bien vous auriez tout lieu de vous en plaindre,
Sophonisbe, après tout, n'est point pour vous à craindre;
Eût-elle tout son cœur, elle l'auroit en vain.
Puisqu'elle est hors d'état de recevoir sa main.
Il vous la doit, madame.
ÉRTXE.
Il me la doit, Barcée :
Mais que sert une main par le devoir forcée?
Et qu'en auroit le don pour moi de précieux, S'il faut que son esclave ait son cœur à mes yeux?
Je sais bien que des rois la fière destinée Souffre peu que l'amour régie leur hyménée, Et que leur union, souvent pour leur malheur, !N'est que du sceptre au sceptre, et non du cœur au cœur : Mais je suis au-dessus de cette erreur commune; J'aime en lui sa personne autant que sa fortune; Et je n'en exigeai qu'il reprit ses états Que de peur que mon peuple en fit trop peu de cas. Des actions des rois ce téméraire arbitre
Dédaigne insolemment ceux qui n'ont que le titre. Jamais d'un roi sans trône il n'eût souffert la loi , Et ce mépris peut-être eût passé jusqu a moi» Il falloit qu'il lui vtt sa couronne à la tète. Et que ma main devint sa dernière conquête, Si nous voulions régner avec l'autorité Que le juste respect doit à la dignité.
J'a[ime donc Massinisse, et je prétends qu'il m*aûne : Je l'adore, et je veux qu'il m'adore de même; Et pour moi son hymen seroit un long ennui, S'il n'étoit tout à moi, comme moi toute à lui. Ne t'étonne donc point de cette jalousie Dont à ce froid abord mon ame s'est saisie; Laisse-la-moi souffrir, sans me la reprocher; Sers-la, si tu le peux, et m'aide à la cacher. Pour juste aux yeux de tous qu'en puisse être la cause, Une femme jalouse à cent mépris s'expose; Plus elle fait de bruit, moins on en fait d'état, Et jamais ses soupçons n'ont qu'un honteux édat Je veux donner aux miens une route diverse, A ces amants suspects laisser libre commerce, D'un œil indifférent en regarder le cours.
Fuir toute occasion de troubler leurs discours. Et d'un hymen douteux éviter le supplice, Tant que je douterai du cœur de Massinisse.
Le voici : nous verrons, par son empressement, Si je mé suis trompée en ce pressentiment ^
' On sent, dans cette scène, combien Éryxe est froide et rebiitanle :
J*aiine doue MaMÎnisce , et je prétends qu'il m'aime ^