ACTE II, SCÈNE IV. io
Pour résoudre votre ame à ce grand changement. Demain Lselius entre, et je ne suis plus maître; Et, quelque amour en moi que vous voyiez renaître, Quelques charmes en vous qui puissent me ravir, Je ne puis que vous plaindre, et non pas vous servir. CTest vous parler sans doute avec trop de franchise; Mais le péril....
SOPHONISBE
De grâce, excusez ma surprise.
Syphax encor vivant, voulez-vous qu'aujourd'hui....
MA8SINI8SE
Vous me fôtes promise auparavant qu'à lui;
Et cette foi donnée et reçue à Carthage,
Quand vous voudrez m'aimer, d'avec lui vous dégage.
Si de votre personne il s'est vu possesseur.
Il en fut moins l'époux que l'heureux ravisseur;
Et sa captivité, qui rompt cet hyménée.
Laisse votre main libre et la sienne enchaînée.
Rendez-vous à vous-même ; et s'il vous peut venir De notre amour passé quelque doux souvenir, Si ce doux souvenir peut avoir quelque force....
Quoi ! vous pourriez m'aimer après un tel divorce. Seigneur, et recevoir de ma légèreté Ce que vous déroba tant d'infidélité?
MASSINISSE
N'attendez point, madame, ici que je vous die Que je ne vous impute aucune perfidie; Que mon peu de mérite et mon trop de malheur Ont seuls forcé Carthage à forcer votre coeur;
2o4 SOPHONISBE.
Que votre changement n'éteignit point ma flamme.
Qu'il ne vous ôta point Tempire de mon ame;
Et que y si j'ai porté la guerre en vos états ,
Vous étiez la conquête où prétendoit mon bras.
Quand le temps est trop cher pour le perdre en paroles %
Toutes ces vérités sont des discours frivoles :
Il fi^ut ménager mieux ce moment de pouvoir.
Demain Laelius entre; il le peut dès ce soir :
Avant son arrivée assurez votre empire.
Je vous aime, madame, et c'est assez vous dire.
Je n'examine point quels sentiments pour moi Me rendront les effets d'une première foi :
Que votre ambition, que votre amour choisisse; L'opprobre est d'un côté, de Tautre Massinisse. Il faut aller à Rome , ou me donner la main : Ce grand choix ne se peut différer à demain ; Le péril presse autant que mon impatience; Et, quoi que mes succès m'offrent de confiance, Avec tout mon amour je ne puis rien pour vous , Si demain Rome en moi ne trouve votre époux.
Il faut donc qu'à mon tour je parle avec franchise, Puisqu'un péril si grand ne veut point de remise.
L'hymen que vous m'offrez peut rallumer mes feux» Et pour briser mes fers rompre tous autres nœuds; Mais, avant qu'il vous rende à votre prisonnière, Je veux que vous voyiez son ame tout entière, Et ne puissiez un jour vous plaindre avec sujet De n'avoir pas bien vu ce que vous aurez fait.
Quand j épousai Syphax, je n'y fus point forcée;