‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 96 sur 278 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MASSIKISSE, SOPHONISBE, HERMINIE,

MÉZÉTCLLE.

SOPHOKISBE.

PSardonnez-Toos à cette inquiétade Que fait de mon destin la triste incertitude % Seignenr? et cet espoir que vons m^avez donné Vous fera-t-il aimer d'en être importuné?

Je suis Carthaginoise, et d'un sang que vous-même N Wez que trop jugé digne du diadème :

■ On a dit qpie ce qui déplat davantage dans la Sophonishe de ComeOle, c'est qpie cette reine époose le vainqjueur de son mari le même jour qoe ce mari est prisonnier. 11 se peot q|u*one telle indécence, on t^ mépris de la pndenr et des lois ait rëTolté tons les écrits liîcn £ûts; mais les actions les pins condamnables, les pins rérohames, sont très sonvent admises dans la tragédie , quand elles sont amoiécs et traitées avec an grand art. Il n*y en a point du tout ici, et les discours que se tiennent ces deux amants n'étaient pas capables de foire excuser ce second mariage dans la maison même qu'habite encore le pranier mari.

PardomneZy monsieur y h Cinquiétuàe 4fue fincertUude de num destin fait. Jv^ez texcès de ma confusion. Si ce 4fuon vit dCintelli" cernée entre nous ne nous convaincra point dtune vengeance indigne. Mais pius Finfure est grande , d'autant wnieux éclate la générosité de strvir une ingrate y mise par votre fnas bâi-méme hors dtétat tfen te* conntntre téclat.

Cet horrible galimatias, hérissé de solécismes, est-il bien propre à foire pardonner à Sophonisbe Finsolente indécence de sa conduite?

On ne peat excuser Corneille qu'en disant qu'il a foit Gnna.

202 SOPHONISBE

Jugez par là Texcès de ma confusion

A me voir attachée au char de Scipion;

Et si ce qu'entre nous on vit d'intelligence

Ne vous convaincra point d'une indigne vengeance,

Si vous écoutez plus de vieux ressentiments

Que le sacré respect de vos derniers serments.

Je fus ambitieuse, inconstante et parjure.

Plus votre amour fiit grand, plus grande en est Finjure ; Mais plus il a paru, plus il vous fait de lois Pour défendre l'honneur de votre premier choix ; Et plus l'injure est grande, et d'autant mieux éclate La générosité de servir une ingrate Que votre bras lui-même a mise hors d'état D'en pouvoir dignement reconnoître l'éclat.

' ,MASSINISSE

Ah! si vous m'en devez quelque reconnoissance.

Cessez de vous en faire une fausse impuissance :

De quelque dur revers que vous sentiez les coups.

Vous pouvez plus pour moi que je ne puis pour vous.

Je dis plus : je ne puis pour vous aucune chose,

A moins qu'à m'y servir ce revers vous dispose.

J'ai promis ; mais sans vous j'aurai promis en vain;

J'ai juré, mais l'effet dépend de votre main;

Autre qu'elle en ces lieux ne peut briser vos chaînes :

En un mot, le tiûomphe est un supplice aux reines;

La femme du vaincu ne le peut éviter.

Mais celle du vainqueur n'a rien à redouter.

De l'une il est aisé que vous deveniez l'autre ;

Votre main par mon sort peut relever le vôtre :

Mais vous n'avez qu'une heure, ou plutôt qu'un momes

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