‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 99 sur 278 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SOPHONISBE, HERMINIE

SOPHONISfiE.

Tu vois, mon bonheur passe et lespoir et lexemple;

Et c est, pour peu qu on aime, une extrême douceur

De pouvoir accorder sa gloire avec son coeur :

Mais c'en est une ici bien autre, et sans égale,

D'enlever, et si tôt, ce prince à ma rivale.

De lui faire tomber le triomphe des mains,

Et prendre sa conquête aux yeux de ses Romains.

Peut-être avec le temps j'en aurai l'avantage

De l'arracher à Rome, et le rendre à Carthage;

Je m'en réponds déjà sur le don de sa foi :

Il est à mon pays, puisqu'il est tout à moi.

A ce nouvel hymen c'est ce qui me convie,

Non l'amour, non la peur de me voir asservie.

L'esclavage aux grands cœurs n'est point à redouter;

Alors qu'on sait mourir, on sait tout éviter :

Mais , comme enfin la vie est bonne à quelque chose S

Ma patrie elle-même à ce trépas s'oppose,

Et m'en désavoueroit si j'osois me ravir

Les moyens que l'amour m'offre de la servir.

Le bonheur surprenant de cette préférence

a pris Massinisse, parcequ'elle est dénuée de grandes passions et de grands mouvements de Famé.

> La vie est bonne à quelque chose , quels discours et quels raisonnements I

Page 1