TOUTES DEUS ENSEMBLE
Écoutez, Libia.
riinlia, attende/.
incertain sur tout ce que j'ai entendu.
Étonne de toul re que j'apprends.
Je meurs de chagrin.
Je vis dans la joie.
PHOCAS, dans le fond du théâtre, uyaiil ftnil de durmii:
Déjà ils sont informés de cette tromperie, et persuades de la vérité à mon préjudice; il est bien force qu'entre deux sentiments si contraires et si distincts, celui d'en-
4o LA COMÉDIE FAMEUSE.
Demi et celui de père, le sang fasse son devoir. Je vais leur parler tout-à-l'heure : mais non, il vaut mieux que je les observe finement, car il est clair qu'ils dissimulent avec moi , et qu'ils ne se confient qu'à elles ; de manière que je vais une seconde fois faire semblant d'avoir sommeil.
Je flotte toujours dans mes incertitudes : mon cœur se partage nécessairement en deux sentiments contraires, celui de père et celui d'ennemi ; allons , voyons si la nature se fera connaître. Je viens pour leur parler. Mais non, il vaut mieux les épier avec prudence ; il est clair qu'ils dissimulent avec moi, et qu'ils ne se confient qu'à des femmes. Il faudra bien enfin que ce songe finisse,
L É o N I D E , sans voir Phocas.
J'avoue que je me suis senti pour Phocas je ne sais quelle affection secrète; mais je vois à présent que ce sentiment ne venait que de mon orgueil, qui aspirait à l'empire. La même tendresse me prend actuellement pour Maurice, et je sens que ce faux amour que je croyais sentir pour Phocas n'était, au fond, que de la haine, quand j'imagine qu'il est un tyran, et qu'il m'ôte l'empire qui était à moi'.
HEIUGLIUS.
Je vis abhorré de Phocas. Je me vois dans le plus grand danger. Mais, n'importe; je triomphe d'avoir su quel noble sang échauffe mes veines, quoiqu'à présent ce feu soit attiédi.
PHOCAS, derrière eux.
Je ne peux rien avérer sur ce qu'ils disent : approchonsnous pour les écouter; peut-être que du mensonge on passera à la vérité, Je me sens trop troublé par les in-
' On sent combien ce discours est absurde : comment l'empire était-il à Léonide ? parlerait-il autrement si on lui avait dit qu'il est le fils de Maurice? Tout cela paraît dune démence inconcevable.
TROISIÈME .lOURNÉE.
quiétudes de lout ce songe, dont la rêverie est
Je n'ai ai frein, ni raison, ni juffemcnt-, je ne v régner; et je ferai tout pour y parvenir.
Et moi je n'ai d'autre ambition, d'autre désir qi digne de ce que je suis. Laissons au ciel l'accompii
Il est parti , et je reste seul. Non , je ne suis pas seul ; mes inquiétudes, mes peines sont avec moi; je suis si saisi d'horreur en voyant le traitrc qui m'empêche de ceindre mon front du laurier sacri; des empereurs, que je ne sais comment je résiste aux emportements de ma colère.
HÉRACLius, ip.vrnniit.
J'avais fui de ces lieux pour caliiicf mes inquiétudes; mais, ayant trouvé du monde dans le chemin, je renlrc ici pour ne parler il personne.
Cependant si Lîbia m'a fait entendre, en m'en disant davantage, que, quand Phocas sera mort, il faudra bien que tout le monde prenne mon parti, je dois espérer'. Mais quoi? je me suis senti une secrète inclination pour Phocas. Un empire ne vaut-il pas mieux que cette secrrie iaclination? Sans doute: donc, qu'est-ce que je crains.' pourquoi restè-je en suspens?
' LibiaDeloiarivndit de cda; t'est i [li.'radiii!i iiitlk a itnu c-c- |t<>lûl i L^nnide. Apparemmenl qu'il y a àim rcue ivùue uii jru de llivâlre ,
HERAGLIUS.
Que prétend là Léonide?
(Léonide tire ici son poignard, Héraclius tire le sien, et Phocas,
qui était endormi, s'éveille.)
LÉONIDE
Qu'il meure.
HÉRACLIUS
.Qu'il ne meure pas.
PHOCAS
Qu'est-ce que je vois?
LÉONIDE
Tu vois qu'Hëraclius voulait te donner la mort, et que c^est moi qui me suis opposé à sa fureur.
HERACLIUS
(Test Léonide qui voulait t'assassiner, et c'est moi qui te sauve la vie.
PHOGAS.
Ah! malheureux, je ne suis ni endormi , ni éveillé; j'entends crier : Qu'il meure; j'entends crier : Qu'il ne meure pas; je confonds ces deux voix, aucune n'est distincte; ce sont deux métaux fondus ensemble que je ne peux démêler : il m'est impossible de rien décider. Si je m'arrête à l'action et aux paroles, tout est égal de part et d'autre; chacun d'eux a un poignard dans la main!
HÉRACLIUS
Je me suis armé de ce poignard quand j'ai vu que Léonide tirait le sien pour te frapper.
PHOCAS
Prenons garde; je ne peux, il est vrai, porter un jugement assuré sur les voix que j'ai entendues, sur l'action que j'ai vue ; mais l'épouvante que j'ai ressentie dans mon cœur me dit, par des cris étouffés, que c'est toi, Héraclius, qui es le traître. Le fer que j'ai vu briller dans ta main , ce couteau, cet acier, le fil de ce poignard, font hérisser
mes cheveux sur ma tête. Défend^inoi, Leoniile : toute ma valeur tremble encore à l'idée de cette fureur, de cette aveugle hardiesse, de cette sanj^Unte audace; il me semble que je le vois encore escrimer avec cet aspic de métal et ces regards de basilic.
Eh! seigneur, quand je mets à vos pieds, non seulement ce poignard, mais aussi ma vie, pourquoi vous fai»ge peur?
Lisippo, Cintia, Lîhia, puisque vous êtes mes amis et mes commensaux, sachez qu'Héraclius me veut faire
Ah, ciel! où m'eafuirai-je dans u
(D s'en Ta, et on le I
psoc&s, quand Hêraclius est parti.
Défendez-moi contre lui.
Moi, seigneur, je vous défendrai, (à paii.) Dieu merci , j'en suis tire.... Oui, seigneur, je le suivrai; son châtiment sera égal à sa trahison; je lui doniieriii mille morts.
Cours, Léonide; la fuite du traître est un nouvel indice de son crime.
Quel mai vous prend subitement, seignei
Jene sais ce que c'est; c'est une léthargie; sèment, ontoumement de tête, un spasme, une fre une angoisse; mes idées sont toutes troublées; je ne c'est un songe, si tout cela est vrai ou faux. C'est u puscule de la vie; je ne suis ni mort ni vivant; cl
<f eux prétend qu'il voulait me sauver au lieu de me tuer. Je ne sais quoi me dit au fond du cœur qu'Hëradius est coupable, et que si Léonide ne m'avait secouru, Héraclius se serait baigné dans mon sang^. Je jurerais que cet Héraclius est le fils de Maurice; toute ma colère crève sur lui. Dites-moi ce que vous en pensez, et si je ya^e bien ou mal»
CINTIA.
Tout cela est si obscur, qu'on ne peut pas juger de leur intention : il faut les entendre : notre jugement nç peut atteindre à ce qui n'est pas sur les lèvres.
PHOCAS, à Lisippo.
Et toi, magicien , ne nous diras-tu rien sur cette étrange aventure?
LISIPPO.
Si je pouvais parler, je vous aurais déjà tout dit; mais la déité qui m'inspire me menace si je parle.
PHOCAS
Mais ne pourrais-tu pas forcer ta fille Libia, la reine Gintia, et les autres, à dire ce qu'ils savent de ces prodiges?