‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 145 sur 248 · ACTE II, SCJ■:^E III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCJ■:^E III

l^ar ce flatteur espoir (jiie j'allois être à vous. Mais puisque ce n'étoit qu'une trompeuse attente, Gardez mou souvenir, et je mourrai contente.

PHIKÉli.

Et vous mourrez contente! Et j'ai pu mériter Qu'avec contenteraent vous puissiez me quitter! Détacher sans regret votre ame de la mienne!

Vouloir que je le voie, et que je lu'eii souvienne! Et mon fidèle amour qui reçut votre foi Vous trouve indifférente entre ta mort et moi!

Oui, je m'en souviendrai, vous le vouUz, in;idajne: J'accepte le supplice où vous livrez mon amc : Mais, quelque peu d'amour que vous me fassiez voir, Le mien n'oubliei'a pas l(^s lois de son devoir. Je doismalyré le sort, je dois mal[;rô vous-même. Si vous aimez si mal , vous montrer comme on aime , Et faire reconnoître aux yeuv qui m'ont cliarmc Que j'étois digne au moins d'être un peu mieux aime. Vous l'avouerez bientôt, et j'aurai cette (;loire Qui dans tout l'avenir suivra notre mémoire, Que pour se voir quitter avec contentement Un amant tel que moi n'en est pas moins amant.

ANUIIOMÉDE.

Cestdonctrop peu ponrmoi que des mallieurssiproclie; Si vous ne les croissez par d'injustes reproches !

L trouve la pcHcrtion du style ; c'est là ijuc innB in n prose, soit en vers, doÎTeiitchercliertm mutli^lc.

Vous quitter sans regret ! les dieux me sont témoins Que j'en montrerois plus si je vous aimois inoin3. C'est pour vous trop aimer que je parois tout autre; J'étouffe ma douleur pour n'aigrir pas la' vôtre; Je retiens mes soupirs de peur de vous façhèr. Et me montre insensible afin de moins toucher. Hélas ! si vous savez faire voir conune on aime, Du moins vous voyez mal quand l'amour est extrême. Oui, Phinée, et je doute, en courant à la mort. Lequel m'est plus cruel, ou de vous, ou du sort.

PHINÉE

Hélas! qu'il étoit grand quand je l'ai cru s'éteindre», Votre amour! et qu'à tort maflanune osoit s'en plaindre! Princesse , vous pouvez me quitter sans regret; Vous ne perdez en moi qu'un amant indiscret, Qu'un amant téméraire, et qui même a l'audace D'accuser votre amour quand vous lui faites grâce. Mais pour moi, dont la perte est sans comparaison, Qui perds en vous perdant et lumière et raison, Je n'ai que ma douleur qui m'aveugle et me guide; Dessus toute mon ame elle seule préside; Elle y régne, et je cède entier à son transport; Mais je ne cède pas aux caprices du sort.

Que le roi par scrupule à sa rigueur défère, Qu'une indigne équité le fasse injuste père , La reine et mon amour sauront bien^empécher Qu'un choix si criminel ne coûte un sang si cher.

' De longs discours^ et si peu naturels dans une situation si violente, si affreuse, si inattendue, sont pires que le page quivea^ faire enfuir le soleil , et que Liriope qui lui rend son change.

Page 1