ACTE II, SCfiNK IV
Vénus l'a comniaiidc : qui me la peut ôter?
[,R sort auprès des dieux se doit-il écouter? Ah! si j'en vois ici les infâmes ministres Sappréter aux effets de ses ordres sinistres....
CÉPIIKE.
Apprenez que le sort n'agit que sous les dieux.
Et souffiez comme moi le bonheur de ces lieux. '
Votre perte n'est rien auprès de ma misère; '
Vous n'êtes qu'ainoureux, Phinêe, et je suis père.
Il est d'autres objets dignes do votre foi ,
Mais il n'est point ailleurs d'autres filles pour moi.
Songez donc mieux qu'un père ù ces affreux ravages
Que par-tout de ce monstre épandirent les rages;
Et n'en rappelez pas l'épouvanta hle horreur.
Pour trop cioire et trop suivre une aveugle fureur.
IMlINli:!':.
Que de nouveau ce monstre entré dessus vos terres Fasse à tous vos sujets d'impitoyables yucn-es. Le sanf; de tout uii peuple est U'op bien employa Quand celui de ses rois en peut être payé ; Et je ne ronnois point d'autre perte publique Que celle où vous condamne un sort si tyrannique.
CÉPUKE.
Craij;rie/- ces mêmes dieux qui préaident au sort.
PHlNliE.
Qu'entre eux-mêmes ces dieux se montrent donc d'accord. Quelle crainte après tout me pourroit y résoudre? S'ils Wôtent Andromède, ont-ils quelque autre foudre';'
'Ce Cïplit'eestlci plus iiwupjrarlalile i^ue jimuiis; il iiicrifiu sa lillo iIq itoj) bon cœur.
3oo ANDROMÈDE.
Il n'est plus de respect qui puisse rien sur moi; Andromède est mon sort, et mes dieux, et mon roi. Punissez un impie, et perdez un rebelle; Satisfaites le sort en m'exposant pour elle; J y cours : mais autrement je jure ses beaux yeux, Et mes uniques rois , et mes uniques dieux.... ^
( Ici le tonnerre commence à rouler avec un si grand bruit , et accompagné d*éclairs redoublés avec tant de promptitude, que cette feinte donne de l'épouvante aussi bien que de l'admiration, tant elle approche du naturel. On voit cependant descendre Éole avec huit vents , dont quatre sont à ses deux côtés , en sorte toutefois que les deux plus proches sont portés sur le même nuage que lui , et les deux plus éloignés sont comme volant en l'air tout contre ce même nuage. Les quatre autres paroissent deux à deux au milieu de l'air sur les ailes du théâtre, deux à la main gauche et deux à la droite; ce >qui n'empêche pas Phinée de continuer ses blasphèmes. )
* Il s'agit bien ici de beaux yeux, et à*uniques rois, et dVnï^uM dieux. Voyez comme Achille parle dans Iphigénie.
Cette scène a encore beaucoup de conformité avec Y Iphigénie àe Racine. Andromède dit :
Seigneur, je vous l'avoue , il est bien douloureux
De tout perdre au moment que l'on croit être heureux !
Iphigcnic s'exprime ainsi :
J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis Peut-être assez d'honneurs environnoient ma vie Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie , Ni qu'en me l'arrachant tm sévère destin Si près de ma naissance en eût marque la fin.
Jamais un sentiment naturel et touchant ne fut plus éloigne' de l'emphase tragique, ni exprimé avec une élégance plus noble et plus simple; jamais on n'a mis plus de charmes dans la vériiablfe éloquence. '