SCÈNE III
ANDROMÈDE, PHINÉE, AMMOiN; ckœvk
DK NÏMPIIKS, SL'ITK DE PMIiyÊE.
Surnn bruit qui m'étonne, et que je ne puis croire'. Madame, mon amour, jaloux de votre gloire,
quelque geme que ce puisse Élte; mais ce n'esl qu'un vers aisé i corriger, au lieu que les froids et inmiles discours d'Androinrdj' et du chceur des nymphes ne peuvent cire Guibeltïf.
' Le rûle de Phinée devient ridicule quand il Fail des reprnclic.^ à la princesse de ce qu'un la donne à celui qui l'a sauvée; il ne tenail iju'à lui de se mettre dans une barque, et d'aller combattre ;. Ce personnage en trop avili.
Vient savoir s'il est vrai que vous soyez d'accord. Par un change honteux, de l'arrêt de ma mort. Je ne suis point surpris que le roi, que la reine, Suivent les mouvements d'une foiblesse humaine; Tout ce qui me surprend , ce sont vos volontés. On vous donne à Persée, et vous y consentez!
Et toute votre foi demeure sans défense Alors que de mon bien on fait sa récompense!
Oui, j'y consens, Phinée , et j'y dois consentir; Et quel que soit ce bien qu'il a su garantir. Sans vous faire injustice on en fait son salaire, Quand il a fait pour moi ce que vous deviez faire. De quel front osez-vous me nommer votre bien^ Vous qu'on a vu tantôt n'y prétendre plus rien? Quoi! vous consentirez qu'un monstre me dévore, Et ce monstre étant mort je suis à vous encore ! Quand je sors de péril vous revenez à moi !
Vous avez de l'amour, et je vous dois ma foi! C'étoit de sa fureur qu'il me falloit défendre. Si vous vouliez garder quelque droit d'y prétendre : Ce demi-dieu n'a fait, quoi que vous prétendiez. Que m'arracher au monstre à qui vous me cédiez. Quittez donc cette vaine et téméraire idée; Ne me demandez plus quand vous m'avez cédée.
Ce doit être pour vous même chose aujourd'hui, Ou de me voir au monstre, ou de me voir à lui.
PHINÉE
Qu'ai-je oublié pour vous de ce que j'ai pu faire? N'ai-je pas des dieux même attiré la colère?
AC'l'K IV, SCÈNE [II. 325
Lorsque je vis Éiile armé pour m'en punir, Fut-il en mon pouvoir de vous mieux retenir?
N'eurent-ils pas besoin d'un éclat de tonnerre, Ses ministres ailés, pour me jeter parterre?
Kt voyant mes efforts avorter sans eFfets, Quels pleurs n'ai-je vRrsés,t;t quels vœux n'ai-je faits i*
Vous avez doue poiir moi dai(;né verser des larmes. Lorsque pour me défendre un autre a pris les armes! Kt dedans mon péril vos sentiments ingrats S'amusoient à des vœux quand il falloit des bras !
Quepouvois-je de plus, ayant vu pourNérce De vingt amants armés la troupe dévorée?
Devois-je encor promettre un succès à ma main , <ju'on voyoit au-dessus de tout l'effort^iumain? Dcvois-je me flatter de l'espoir d'un miracle?
ANOROMÉDE.
Vous deviez l'espérer sur la foi d'un oracle' : T.e ciel l'avoit promis par un arrêt si doux' Il l'a ^itparun autre, il l'auroit fait par vous.
Mais quand vous auriez cru votre perte assurée, Du moins ces vinf^t amants dévorés pour Kérée Vous laissoient un exemple et noble et glorieu^, Si vous n'eussiez pas craint de périr à mes yeux. Ils voyoient de leur mort la même certitude; Mais avec plus d'amour et moins d'ingratitude. Tous voulurent mourir pour leur objet mouranl
Que leur amour du vôtre étoit bien différent! L'effort de leur courage a produit vos alarmes, Vous a réduit aux vœux, vous a réduit aux larmes; Et, quoique plus heureuse en un semblable sort, Je vois d'un œil jaloux la gloire de sa mort. Elle avoit vingt amants qui voulurent la suivre. Et je n en avois qu'un, qui m'a voulu survivre. Encor ces vingt amants qui vous ont alarmé N'étoient pas tous aimés , et vous étiez aimé : Ils n'avoient la plupart qu'une foible espérance, Et vous aviez, Phinée, une entière assurance; Vous possédiez mon cœur, vous possédiez ma foi; N'étoit-ce point assez pour mourir avec moi?
Pouviez-vous?...
PHINÉE
Ah! de grâce, imputez^noi, madaiiK Les crimes les plus noirs dont soit capable une ame; Mais ne soupçonnez point ce malheureux amant De vous pouvoir jamais survivre un seul moment. J'épargnois à mes yeux un funeste spectacle.
Où mes bras impuissants n'avoient pu mettre obstacle Et tenois ma main prête à servir ma douleur Au moindre et premier bruit qu'eût foit votre malheur
Et vos respects trouvoient une digne matière A me laisser l'honneur de périr la première ' ! Ah ! c'étoit à mes yeux qu'il falloit y courir, Si vous aviez pour moi cette ardeur de mourir.
' Andromède accable trop ce Phinée.