‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 165 sur 248 · ACTE IV, SCÈ^E III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈ^E III

Vous ne me deviez pas envier celte joie De voir offrir au monstre une première proie : Vous m'auriez de la mort adouci les horreurs; Vous m'auriez fait du monstre adorer les fureurs; Et lui voyant ouvrir ce gouffre épouvantable , Je Taurois regardé comme un port favorable, Comme un vivant sépulcre où mon cœur amoureux Eût brûlé de rejoindre un amant généreux.

J'aurois désavoué la valeur de Persée; En me sauvant la vie il m'auroit offensée; Et de ce même bras qu il m'auroit conservé Je vous immolerois ce qu'il m'auroit sauvé.

Ma mort auroit déjà couronné votre perte, Et la bonté du ciel ne l'auroit pas soufferte; C'est à votre refus que les dieux ont remis En de plus dignes mains ce qu'ils m'avoient promis. Mon cœur eût mieux aimé le tenir de la vôtre; Mais je vis par un autre, et vivrai pour un auU'e. Vous n'avez aucun lieu d'en devenir jaloux, Puisque sur ce rocher j'étoîs morte pour vous: Qui pouvoit le souffrir peut me voir sans envie Vivre pour un héros de qui je tiens la vie; Et quand l'amour encor me parleroit pour lui. Je ne puis disposer des conquêtes d'autrui.

Adieu.

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