TROUPE DE SOLDATS DE PHOCAS
Vive Léonide ! vive Léonide !
FREDERIC, grand duc de Calabre^ descendant de son
vaisseau.
Prenons terre, formons nos escadrons; que les ennc-
TROISIÈME JOURNÉE. 5j
mis surpris soient épouvantes : qu'ils ne saclient mon débarquement que par moi , puisque les eaux et les vcnis m'ont été si favorables : que le sanjf et le feu fassent voir un autre élément. Le destin m'a fait prince de Calabrc ; je suis neveu de Maurice, sa mort me donne droit à la pourpre impériale. Pourquoi paye rais-je des tributs, au lieu de venger la perte des tributs qu'on me doit? sur-tout lorsque je sais que le tils posthume de Maurice est perdu, et qu'un vieillard dont on n'a jamais entendu parler depuis qu'il arracha cet enfant à sa mère, l'a élevé dans les rochers de la Sicile ; les destinées ne m' appel lent- elles pas i Fempire, puisque le tyran est ici mal accompagné? n'est'Ce pas à moi de soutenir mes droits par mer et par terre, et de venger à-la-fois Frédéric et Maurice? Knfin, quand je n'aurais d'autre raison d'entreprendre cette guerre glorieuse, quelespredictionssinistresdL'Lisippo,cctfr raison me suffirait; et je veux montrer à la terre que ma va IniT l'emporte sur ses craintes.
(On voit de loin Âslolphe snr le riïai;e, rr Henicliui. qui s'tlanrn dors du bateau percé où on l'avait di'jà ponr. Le li.iieaii s'enfonce dans la mer. )
Quelle voix entends-je sur les eaux? qu'arrive-t-il donc vere ces lieux horribles? quel bruit de destruction! Autant que ma vue peut s'étendre, autant que je peux prêter l'oreille, ceci est monstrueux. J'enicnds la voix d'un iiomme; mais il souffle comme un anim.il : ce n'esl point un oiseau, car il ne vole pas: ce n'csL point un poisson, car il ne nage pas; il est poussé par lea vagues qui scbrient contre ces rochers.
(Astolphe sur le rivage embrasse irêraflju. qui f.irr cl,. la mrr.)
Ocieux! ayez pitié de nous!
ASTOLPHE
O ckux ! nous implorons votre secours.
FRÉDÉRIC
Il paraissait qu'il n'y en avait qu'un au milieu des ondes, et maintenant en voilà deux sur le rivage,
a'stolphe, à HéracUus.
Je rends grâce au ciel qui t'a délivré de la mer,
FRÉDÉRIC
Par quel prodige ces deux créatures, au milieu des algues marines, des vents, des flots et du limon, au lieu d'être couverts d'écaillés, sont-ils couverts de poils? Qui étes-vous ?
ASTOLPHE
Deux hommes si infortunés, que le destin qui voulait nous donner la mort n'a pu en venir à bout.
HÉRACLIUS
Nous sommes les enfants des rochers; la mer n'a pu nous souffrir, et nous rend à d'autres rochers. Si vous êtes des soldats de Phocas, usez contre nous du pouvoir que vous donne la fortune : ce serait une cruauté d'avoir pitié de nous; et afin que vous soyez obligés de nous ôter cette malheureuse vie, sachez que je suis le fils de Maurice. Ce vieillard que sa fidélité a banni si long-temps de la cour, m'a sauvé deux fois la vie sur la terre et sur la mer. C'est le généreux Astolphe'. Je vous conjure, en me donnant la mort , d'épargner le peu de jours qui lui restent. Je me jette à vos pieds : accordez-moi la mort que j'implore :
' Le fond de cette scène parait iniëressant et admirable : on aurait pu en faire un chef-d'œuvre , en y mettant plus de vraisemblance et de convc nancc. 11 me semble qu'une telle scène donnerait l'idée de la vraie tragédie y c'est-à-dire d'une péripétie attendrissante, toute en action, sans aucun eta" barras, sans le froid recours des lettres écrites long-temps auparavant, san* rien de forcé , sans aucun de ces raisonnements akmbiqués qui font hn' guîr le tragique.
pourquoi hesilez-vous? pourquoi refusez-vous de finir mes tourments?
Pour te tendre les bras. Ci! que tu m'as dit attendrit tellement mon ame , que je sauverais ta vie aux dépens de la mienne. Il est peut-être étrange que je te croie avec tant Je facilité; mais je sens une cause supérieure qui m'y force. Le ciel parait ici manifester sa justice, et la vertu de ce noble vieillard que je respecte et que j'embrasse.
HÉHACLIUS et ASTOLPHE.
Eh ! qui es-tu donc? parle.
Je suis le duc de Calabre. Vous me voyez comljlu de joie. Le sang qui coule dans mes veines , ô fils de Maurice ! est Ion sang. Je suis le fiU de Gassandre, sœur de Maurice; les destins sont conformes aux miens , ton étoile est mon
éloiio.
UËBACLILS.
Je reprends mes esprits; et plus je te considère, plus il me semble que je l'ai déjà vu.
ÏRÉnÉBlC.
Cela est impossible; car je n'ai jamais approche di^> carême» et de» précipices où tu dis qu'où a élevé ta jeu-
C?est la vérité; mais je t'ai vu sans te voir.
Comment? me voir sans me voir!
Oui.
PRÉDÉniC.
Ceci estune nouveauté égale à la première; mais avant
l'approfondir, va, je te prie, à ma galère capitaine; et
^prb qu'on t'aura douiiê des habits, et qu'on t'aura paré
comine tu dois Fétre, tu injapp rendras ce que je veux savoir, et qui me ravit déjà en admiration.
HÉRACLIUS
Je t'ai déjà dît que je suis le fils des montagnes, accoutumé au travail et à la peine; et quoique j'aie beaucoup souffert, écoute-moi ; je me reposerai en te parlant.
FRÉDÉRIC
Puisque c'est pour toi un soulagement, parle.
HÉRACLIUS
Écoute, tu vois ces rochers, ces montagnes, dont le faîte est défendu par les volcans de FEtna....
(Ce discours d'Héraclius est interrompu par des cris derrière la