D. ISABELLE, BLANCHE
D. ISABELLE
. Blanche , as-tu rien connu d'égal à ma misère? iTu vois tous mes désirs condamnés à se taire, Mon cœur faire un beau choix sans oser laccepter, Et nourrir un beau feu sans Toser écouter.
Vois par là ce que c'est, Blanche, que d'être reine.
' Cette scène et tontes les longues dissertations sur l'amoar et la fierté ont toujours un défaut; et ce vice, le plus grand de tous, c'est Fennui. On ne va au théâtre que pour être ému ; Famé veut toujours être hors d'elle-même, soit par la gaieté, soit par l'attendrissement, et au moins par la curiosité. Aucun de ces buts n'est atteint, quand une Blanche dit à sa reine, vous lavez honoré sans vous déshonorer^ et que la reine réplique que , "pour honorer sa ^ nérosité^ V amour s est joué de son autorité, etc.
Les scènes suivantes de cet acte sont à peu près dans le même goût ; et tout le nœud consiste à différer le combat annoncé, sans aucun événement qui attache, sans aucun sentiment qui intéresse.
Il y a de l'amour^ comme dans toutes les pièces de Corneille; et cet amour est froid, parcequil n'est qu'amour. Ces reines, qui se passionnent froidement pour un aventurier, ajouteraient la plus grande indécence à Fennui de cette intrigue, si le spectateur ne se doutait pas que Carlos est autre chose qu'un soldat de fortune. On a condanmé Finfante du Cid^ non seulement parcequ'elle est inutile, mais parcequ'elie ne parle que de son amour
Comptable de moi-même au nom de souveraine.
Et sujette à jamais du trône oiije me voi, Je puis tout pour tout autre, et ne puis rien pour moi, sceptres ! s'il est vrai que tout vous soit possible. Pourquoi ne pouvez-vous rendre un cœur insensible? Pourquoi permettez- vous qu'il soit d'autres appas, Ou que l'on ait des yeux pour ne les croire pas?
BLANCHE
Je présmnois tantôt que vous les alliez croire; J'en ai plus d'une fois trembli- pour votre gloire. Ce tfu'à vos trois amants vous avez fait jurer Au choix de don Carlos sembloit tout préparer : Je le noramoia pour vous. Mais enfin par l'issue Ma crainte s'est trouvée heureusement déçue; L'effort de votre amour a su se modérer; Vous l'avez honoré sans vous déshonorer,
pour Rodrigue. On condamna de mêmB, dans son Don Saiictie, trois princesses éprises d'un inconnu, qui a fait de bien moins grandea choses que le Cid) ei le pis de tout cela, c'est que l'amour (le ces princesses ne produit rien du tout dans la pièce. Ces fautes sont des auteurs espagnols; mais Corneille ne devait
A I égard du alyle, il est à-la-fois incorrect et recherché, obscur et faible, dur et iraînanl; il n'a rien de cette élégance et de ca piquant qui soni absolument nécessaires dans un pareil sujet.
n faudrait charger les pages de remarques plus longues que le teïte, si on voulait critiquer en détail les expressions. Les remarques sur le premier acte peuvent suffire pour faire voir aux commençants ce qu'ils doivent imiter, et ce qu'ils ne doivent pas suivre. Les soléciames et les barbarismes dont cette pièce fourmille seront issez sentis. Comme Corneille n'avait point encore de rivaux, il écrivait avec une extrême négligence; et quand il fut ccli[iaé par Racine, il écrivit encore plus mal.
4io DON SANCHE.
Et satisÊât ensemble, en trompant mon attente , La grandeur d'une reine et Tardeur d'une amante.
D. ISABELLE
Dis que pour honorer sa générosité
Mon amour s'est joué de mon autorité,
Et qu'il a fait servir, en trompant ton attente.
Le pouvoir de la reine au courroux de l'amante.
D'abord par ce discours, qui t'a semblé suspect,
Je voulois seulement essayer leur respect >,
Soutenir jusqu'au bout la dignité de reine,
Et, comme enfin ce choix me donnoit de la peine,
Perdre quelques moments, choisir un peu plus tard:
J'allois nonuner pourtant, et nommer au hasard *■
Mais tu sais quel orgueil ont lors montré les comtes,
Combien d'affronts pour lui, combien ponrmoi de honte
Certes, il est bien dur à qui se voit régner
De montrer quelque estime, et la voir dédaigner.
Sous ombre de venger sa grandeur méprisée.
L'amour à la faveur trouve une pente aisée :
A Imtérét dufsceptre aussitôt attaché ,
Il agit d'autant^'plus qu'il se croit bien caché,
Et s'ose imaginer qu'il ne fait rien paroître
' Essayer le respect; un choix qui donne de la peine; il est bien dur h qui se voit régner; l'amour à la faveur trouve une penU aisée; jil est attaché à l'intérêt du sceptre ; un outrage invisible revêtu de gloire! Que dire d'on pareil galimatias ! il faut se taire, et ne pas continuer d*inutiles remarques sur une pièce qu il n est pas possible de lire. Il y a quelques beaux morceaux sur la fin. Nous en parlerons avec d'autant plus de plaisir, que nous ressentons plus de peine à être obligés de critiquer toujours. Cest suivant ce principe que nous ne les reprenons qu'au cinquième acte.