ACTE II, SCÈNE I
Que ce change de nom ne faese méconnoitre.
J'ai fait Carlos marquis, et comte, et gouverneur; II doit à ses jaloux tous ces titres d'honneur : M'en voulant faire avare, ils m'en faisoient prodigue. Ce torrent grossissoit , rencontrant cette digut; : C'ctoit plus les punir que le favoriser.
L'amour me parloit trop , j'ai voulu l'amuser; Par ces profusions j'ai cru le satisfaire.
Et, l'ayant satisfait, l'obliger à se taire; Mais , hélàs ! en mon cœur il avoit tant d'appui , Que je n'ai pu jamais prononcer contre lui , Et n'ai mis en ses mains ce don du diadème Qu'afin de l'obliger à s'exclure lui-même.
Ainsi, pour apaiser les murmures du cœur.
Mon refus a porté les marques de faveur; Et, revêtant de gloire un invisible outrage, De peur d'en faire un roi je l'ai fait davantage : Outre qu'indifférente aux vceux de tous les trois J'espérois que l'amour pourroit suivre son choi^ , Et que le moindre d'eux de soi-même estimable Hecevroit de sa main la qualité d'aimable.
Voilà, Blanche, où j'en suis; vodà ce que j'ai fail; Voilà les vrais motifs dont tu voyois l'effet : Car mon ame pour lui , quoique ardemment prt;ssêe , Ne sauroit se permettre une indigne pensée; Et je mourrois encore avant que m'accorder Ce qu'en secret mon cœur ose me demander.
Mais enfin je vois bien que je me suis trompée De m'en être remise à qui porte une épée. Et trouve occasion, dessous relie couleur.
4i2 DON SANCHE.
De venger le mépris qu on fait de sa valeur.
Je devois par mon choix étoufiFer cent querelles; Et Tordre que j'y tiens en forme de nouvelles. Et jette entre les grands, amoureux de mon rang, Une nécessité de répandre du sang.
Biais j y saurai pourvoir.
BLANCHE
c'est un pénible ouvrage D'arrêter un combat qu'autorise l'usage , Que les lois ont réglé, que les rois vos aïeux Daignoient assez souvent honorer de leurs yeux: On ne s'en dédit point sans quelque ignominie; Et l'honneur aux grands cœurs est plus cher que la vk.
D. ISABELLE
Je sais ce que tu dis, et n'irai pas de front
Faire un commandement qu'ils prendroient pour afifroQ
Lorsque le déshonneur souille l'obéissance*.
Les rois peuvent douter de leur toute-puissance :
Qui la hasarde alors n'en sait pas bien user;
Et qui veut pouvoir tout, ne doit pas tout oser.
Je romprai ce combat feignant de le permettre.
Et je le tiens rompu si je puis le remettre.
Les reines d'Aragon pourront même m'aider.
Voici déjà Carlos que je viens de mander.
* Des vers tels que ceux-ci méritaient bien cV^tre remarqués. A une représentation de la pièce, dont nous fûmes témoins, et qui eut lieu à Tépoque où les parlements refusaient d'enregistrer quelques édits de Louis XV, ils furent applaudis de manière à donner de l'inquiétude au gouyememcnt , qui les fit supprimer à la représentation suivante. P.