ACTE H, SCÈNE IV. 4ai
Si les nouveaux desseins que vous en concevez Vousontfailoublier ce que vous me devez, Rendez-lui ces honneurs qu'un tel oubli profane; Bendez-lui Pefiafief , Buryos, et Santillane; L'Aragon a de quoi vous payer ces refus.
Et vous donner oncor quelque chose de plus.
CARLOS
Et Carlos, et marquis, je suis à vous, madame j
Le changement de rang ne change point mon ame :
Mais vous trouverez bon que, par ces trois défis,
Carlos tâche à payer ce que doit le marquis.
Vous réserver mon bras noirci d'une infamie
Attireroit sur vous la fortune ennemie,
Et vous hasarderoit, par cette lâcheté,
Au juste châtiment qu'il auroit mérité.
Quand deux occasions pressent un grand courage,
L'honneur à la plus proche évidemment l'engage,
Et lui fait préférer, sans le rendre inconstant,
Celle qui se présente à celle qui l'attend.
Ce n'est pas toutefois, madame, qu'il l'oublie :
Mais bien que je vous doive immoler don Garcie,
J'ai vu que vers la reine on perdoit le respect.
Que d'un indigne amour son cœur étoit suspect;
Pour m' avoir honoré je l'ai vue outragée ,
El ne puis m'acquitter qu'après l'avoir vengée.
D. ELVIRE
C'est me faire une excuse où je ne comprends rien , Sinon que son service est préférable au mien , Qu'avant que de me suivre on doit mourir pour elle. Et qu'étant son sujet il faut m "être infidèle.
CARLOS
Ce n'est point en sujet que je cours au combat; Peut-être suis-je né dedans quelque autre état : Mais , par un zélé entier et poiu* TuiEie et pour lautre. J'embrasse également son s^rviœ et le vôtre ; . Et les plus grands périls n ont rien de hasardeux Que j'ose refuser pour, aucune des deux.
Quoique engagé demain à ccMubattre pour elle, S'il £Edloit aujourd'hui venger votre quereUe^ Tout ce que je hiis dois ne m'empécheroît pas De m'exposep pour vous à plus de trois combats. Je voudrois toutes deux pouvoir vous satisfaire, Vous, sans manquer vers elle; elle, sans voos déplaire: Cependant je ne puis servir elle ni vous Sans de Tune ou de Tautre allumer le courroux.
Je plaindrois un amant qui soufiFriroit mes peines, Et , tel pour deux beautés que je suis pour deux reines, Se verroit déchiré par un égal amour, Tel que sont mes respects dans Tune et l'autre cour: L'ame d'un tel amant, tristement balancée, Sur d'étemels soucis voit flotter sa pensée; Et, ne pouvant résoudre à quels vœux se borner, N'ose rien acquérir, ni rien abandonner:
Il n'aime qu'avec trouble, il ne voit qu'avec crainte; Tout ce qu'il entreprend donne sujet de plainte; Ses hommages par-tout ont de fausses couleurs. Et son plus grand service est un grand crime ailleurs.
D. ELVIRE
Aussi sont-ce d'amour les premières maximes.
Que partager son ame est le plus grand de$ crimes.