‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 214 sur 248 · ELVIEE · texte numérisé non relu

ELVIEE

Que me veut donc enfin ce cœur anibitieux?

D. ALVAK.

Que vous preniez pitié de létat déplorable Où votre long refus réduit un misérable.

Mes vœux mieux écoutés, par un heureux effet, M'auroient su garantir de rhonneur qu'on m'a fait; Et l'état par son choix ne m'eût pas mis en peine De mancpier à ma gloire , ou d'acquérir ma reine. Votre refus m'expose à cette dure loi D'entreprendre un combat qui n'est que contre moi; J'en crains également l'une et l'autre fortune. Et le moyen aussi que j'en souhaite aucune?

Ni vaincu, ni vainqueur, je ne puis être à vous : Vaincu, j'en suis indigne, et vainqueur, son époux; Et le destin m'y traite avec tant d'injustice, Que son plus beau succès me tient lieu de supplice. Aussi, quand mon devoir ose la disputer, Je ne veux l'acquérir que pour vous mériter, Que pour montrer qu'en vous j'adorois la personne. Et me pouvois ailleurs promettre une c Fasse le juste ciel que j'y puisse, o Ou ne la mériter que pour vous acquérir!

D. ELVIHE.

Ce sont vœux superflus de vouloir un miracle Oii votre gloire oppose un invincible obstacle; Et la reine pour moi vous saura bien payer Du temps qu'un peu d'amoui' vous fit mal eniployei'.

Ma couronne est douteuse, et la sienne affermie ; L avantage du change en 6te Finfamie.

Allez; n en perdez pas la digne occasion , Poursuivez-la sans honte et sans confusion.

La légèreté même où tant d'h(mneur engage Est moins légèreté c{ue grandeur de courage : Mais gardez que Garlos ne me venge de vous.

D. ALVAR

Ah! laissez-moi 9 madame, adorer ce courroux. J'avois cru jusqu'ici mon combat magnanime; Mais je suis trop heureux s'il passe pour un crime, Et si, quand de vos lois Fhonneur me fait sortir. Vous m'estimez assez pour vous en ressentir.

De ce crime vers vous quels que soient les supplices, Du mbinis il ma valu plus que tous mes services , Puisqu'il me fait connoitre, alors qu'il vous déplaît, Que vous daignez en moi prendre quelque intérêt.

D. ELVIRE

Le crime, don Alvar, dont je semble irritée.

C'est qu'on me persécute après m'avoir quittée; Et, pour vous dire encor quelque chose de plus , Je me £lche d'entendre accuser mes refus.

Je suis reine sans sceptre, et n'en ai que le titre; Le pouvoir m'en est dû, le temps en est l'arbitre. Si vous m'avez servie en généreux amant Quand j'ai reçu du ciel le plus dur traitement, J'ai tâché d'y répondre avec toute l'estime Que pouvoit en attendre un cœur si magnanime. Pouvois-je en cet exil davantage sur moi?

Je ne veux point d'époux que je n'en fasse un roi;

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