D. ISABELLE, D. MANRIQUE, D. LOPE
D. ISABELLE
Comtes, je ne veux plus donner lieu qu'on murmure Que choisir par autrui c est me faire une injure; Et, puisque de ma main le choix sera plus beau, Je veux choisir moi-même, et reprendre Fanneau. Je ferai plus pour vous : des trois qu on me propose, J en exclus don Alvar; vous en savez la cause : Je ne veux point gêner un cœur plein d'autres feux. Et vous ôte un rival pour le rendre à ses vœux. Qui n aime que par force aime qu'on le négUge; Et mon refîis du moins autant que vous l'oblige.
Vous êtes donc les seuls que je veux regarder: Mais, avant qu a choisir j'ose me hasarder.
Je voudrois voir en vous quelque preuve certaine Qu'en moi c'est moi qu'on aime, et non l'édat de reine. L'amour n'est, ce dit-on, qu'une union d'esprits; Et je tiendrois des deux celui-là mieux épris Qui favoriseroit ce que je favorise.
Et ne mépriseroit que ce que je méprise.
Qui prendroit en m'aimant même cœur, mêmes yeux : Si vous ne m'entendez, je vais m'expUquer mieux.
Aux vertus de Carlos j'ai paru libérale :
Je voudrois en tous deux voir une estime égale. Qu'il trouvât m^me honneur, même justice en vous; Car ne présumez pas que je prenne un époux