‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 220 sur 248 · ACTE m, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IV

Pour m'exposer tDoi-même à ce honteux outrage Qu'un roi Fait de ma main détruise mon ouvrage; N'y pense/, l'un ni l'autre, à moins qu'un digne eflèt Suive de votre pari ce que pour lui j'ai fait ; Et que par cet aveu je demeure assurée Que tout ce qui m'a plu doit être de durée.

n. MANRIQUE.

Toujours Carlos, madame ! et toujours son bonheur Fait dépendre de lui le nôtre, et votre cœur! Mais puisque c'est par là qu'il tant eolÎD vous plaire, Vous-même apprenez-nous ce C[Ue nous pouvons liiire.

Nous l'estimons tous deux im des braves guerriers A qui jamais la guerre ait donné des lauriers : Notre liberté même est due à sa vaillance; Et, quoiqu'il ait tantôt montré quelque insolence, Dout nous a dû piquer l'honneur de notre rang. Vous avez suppléé l'obscurité du sang.

Ce qu'il vous plaît qu'il soit, il est digne de l'être. Nous lui devons beaucoup, et l'allions reconnoître, L'honorer en soldat, et lui faire du bien; Mais après vos faveurs nous ne pouvons plus rien : Qui pouvoit pour Carlos ne peut plus pour un comte; Il n'est rien en nos mains qu'il en reçût sans honte; Et vous avez pris soin de le payer pour nous.

n. ISABKLLE.

Il en est en vos mains des présents assez doux, Qui purgeroient vos noms de toute ingratitude, Et mon ame pour lui de toute inquiétude; 11 en est dont sans honte il seroit possesseur : En un mot, vous avez l'un et l'autre une sœur;

432 DON SANGHE.

Et je veux que le roi qu'il me plaira de faire. En recevant ma main, le fasse son beau-firére; Et que par cet hymen son destin affermi Ne puisse en mon époux trouver son ennemi.

Ce n est pas, après tout, que j'en craigne la haine; Je sais qu'en cet état je serai toujours reine. Et qu'un tel roi jamais, quel que soit son projet, Ne sera sous ce nom que mon premier sujet; Mais je ne me plais pas à contraindre personne, Et moins que tous un cœur à qui le mien se donne. Répondez donc tous deux : n'y consentez vous pas?

D. MANRIQUE

Oui, madame, aux plus longs et plus cruels trépas. Plutôt qu'à voir jamais de pareils hyménées Ternir en un moment l'éclat de mille années.

Ne chjerchez point par là cette union d'esprits : Votre sceptre, madame, est trop cher à ce prix; Et jamais....

Ainsi donc vous me faites connoitre Que ce que je l'ai fait il est digne de l'être. Que je puis suppléer l'obscurité du sang?

D. MANRIQUE

Oui, bien pour l'élever jusques à notre rang. Jamais un souverain ne doit compte à personne Des dignités qu'il fait, et des grandeurs qu'il donne : S'il est d'un sort indigne ou l'auteur ou l'appui. Comme il le fait lui seul, la honte est toute à lui. Mais disposer d'un sang que j'ai reçu sans tache ! Avant que le souiller il faut qu'on me l'arrache;

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