‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 231 sur 248 · D. LÉONOR, CARLOS · texte numérisé non relu

D. LÉONOR, CARLOS

Madame, vous voyez comme l'oigueil me traite; Pour me faire un honneur on veut que je l'achète: Mais, s'il faut qu'il m'en coûte un secret de vingt ans, Cet anneau dans mes mains pourra briller long-temps.

D. LÉONOH.

Laissons là ce combat, et parlons de don Sanche. Ce bruit est grand pour vous , toute la cour y penche : De grâce, dites-moi, vous counoissez-vous bien?

CARLOS

Plût à bieu qu'en mon sort je ne connusse rieni

Si j'étois quelque enfant épargné des tempêtes >

Livré dans un désert à la merci des bêtes.

Exposé par la crainte ou par l'inimitié ,

Rencontré par hasard, et nourri par pitié,

Mon orgueil à ce bruit prendroit quelque espérance

Sur votre incertitude, et sur mon ignorance;

Je me figurerois ces destins merveilleux.

Qui tiroient du néant les héros fabuleux,

Et me revêtirois des brillantes chimères

Qu osa former pour eux le loisir de nos pères :

Car enfin je suis vain, et mon ambition

Ne peut s'examiner sans indignation;

Je ne puis regarder sceptre ni diadème

Qu'ils n'emportent mon ame au-delà d'elle-même :

Inutiles élans d'un vol impétueux

Que pousse vers le ciel un cœur présomptueux.

Que soutiennent en l'air quelques exploits de guerre,

Et qu'un coup d'œil sur moi rabat soudain à terre !

Je ne suis point don Sanche , et connois mes parents; Ce bruit me donne en vain un nom que je vous rends; Gardez-le pourjce prince : une heure ou deux peut-être Avec vos députés vous le feront connoître.

Laissez-moi cependant à cette obscurité Qiii ne fait que justice à ma témérité.

D. LÉONOR

En vain donc je me flatte, et ce que j'aime à croire N'est qu'une illusion que me fait votre gloire. Mon cœur vous en dédit; un secret mouvement,

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