ACTE IV, SCÈNE III
Qui le penche vers vous, malgré moi vous dément:
liais je ne puis juger quelle source Fanime,
fii c'est Tardeur du sang, ou TefFort de lestime;
Si la nature agit, ou si c'est le désir;
Si c'est vous reconnoitre, ou si c'est vous c&oisir.
Je veux bien toutefois étoufier ce murmure
Comme de vos vertus une aimable imposture^
Condamner, pour vous plaire, un bruit qui m'est si doux;
Mais où sera mon fils s'il ne vit point en vous?
On veut qu'il soit ici; je n^en vois aucun signe :
On connoit, hormis vous , quiconque en seroit digne;
Et le vrai sang des rois, sous le sort abattu.
Peut cacher sa naissance, et non pas sa vertu :
n porte sur le front un luisant caractère
Qui parle malgré hii de tout ce qu'il veut taire;
Et celui que le ciel sur le vôtre avoit mis
Pouvoit seul m'éblouir si vous l'eussiez permis.
Voufi ne l'êtes donc point, puisque vous me le dites; Mais vous êtes à craindre avec tant de mérites. Souffrez que j'en demeure à cette obscurité.
Je ne condamne point votre témérité; Mon estime au contraire est pour vous si puissante, Qu'il ne tiendra qu'à vous que mon cœur n'y consente: Votre sang avec moi n'a qu'à se déclarer, Et je vous donne après liberté d'espérer.
Que si même à ce prix vous cachez votre race, Ne me refusez point du moins une autre grâce : Ne vous préparez plus à nous accompagner; Nous n'avons plus besoin de secours pour régner. La mort de don Garcie a puni tous ses crimes, 6. 29
45o DON SANGHE.
Et rendu F Aragon à ses rois légitimes;
N'en cherchez plus la gloire, et quels que soient vos vœui,
Ne me contraignez point à plus que je ne veux.
Le prix de la valeur doit avoir ses limites;
Et je vous crains enfin avec tant de mérites.
C'est assez vous en dire. Adieu : pensez-y bien.
Et faites-vous connoitre, ou n aspirez à rien.