‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 236 sur 248 · D. ALVAR, D. ELVIRE · texte numérisé non relu

D. ALVAR, D. ELVIRE

D. ALVAR

Enfin, après un sort à mes vœux si contraire, Je dois bénir le ciel qui vous renvoie un frère; Puisque de notre reine il doit être Tépoux, Cette heureuse union me laisse tout à vous.

,, me.»» afl™.clù d'un honnen,.,n,»,U.pe, D un joug que m'imposoit cette faveur publique, D'un choix qui me forçoit à vouloir être roi : Je n ai plus de combat à faire contre moi, Plus à craindre le prix d'une triste victoire; Et Tinfidélité que vous faisoit ma gloire Consent que mon amour, de ses lois dégagé.

Vous rende un inconstant qui n a jamais changé.

D. ELVIRE

Vous êtes généreux, mais votre impatience Sur un bruit incertain prend trop de confiance; Et cette prompte ardeur de rentrer dans mes fers Me console trop tôt d'un trône que je perds.

Ma perte n'est encor qu'une rumeur confuse Qui du nom de Carlos , malgré Carlos, abuse;

Et vous ne savez pas, à vous en bien parler, Par quelle offre et quels vœux on m'en peut consoler. Plus que vous ne pensez la couronne m'est chère; Je perds plus qu'on ne croit , si Carlos est mon frère. Attendez les effets que produiront ces bruits; Attendez que je sache au vrai ce que je suis, Si le ciel m'ôte ou laisse enfin le diadème.

S'il vous faut m'obtenir d'un frère ou de moi-même , Si, par l'ordre d'autrui, je vous dois écouter. Ou si j'ai seulement mon cœur à consulter.

D. ALVAIi.

Ali ! ce n'est qu'à ce cœur que le mien vous demande. Madame, c'est lui seul que je veux qui m'entende; Et mon propre bonheur m'accableroit d'ennui Si je n'étois à vous que par Tordre d'autrui. Pourrois-je de ce frère implorer la puissance. Pour ne vous obtenir que par obéissance; Et, par un lâche abus de sou autorité, ftfélever en tyran sur votre volonté?

n. ELVIBE.

Avec peu de raison vous craignez qu'il arrive

Qu'il ait des sentiments que mon amc ne suive :

Le digne sang des rois n'a point d'yeux que leurs yeux,

Et leurs premiers sujets obéissent le mieux.

Mais vous êtes étrange avec vos déférences,

Dont les soumissions cberchenl des assurances.

Vous ne craignez d'agir contre ce que je veux.

Que pour tirer de moi que j'accepte vos vœux.

Et vous obstineriez dans ce respect extrême

Jiisques à me forcer à dire, « Je vous aime. »

Ce mot est un peu rude à prononcer pour nous; Souffrez qu'à m'expliquer j'en trouve de plus doux. Je vous dirai beaucoup, sans pourtant vous rien dire. Je sais depuis quel temps vous aimez done Elvire; Je sais ce que je dois, je sais ce que je puis : Mais, encore une fois, sachons ce que je suis; Et, si vous n aspirez qu'au bonheur de me plaire, Tâchez d'approfondir ce dangereux mystère.

Carlos a tant de lieu de vous considérer, Que, s'il devient mon roi, vous devez espérer.

D. ALVAR

Madame....

D. ELVIRE

En ma faveur donnez-vous cette peine, Et me laissez , de grâce, entretenir la reine.

D. ALVAR

J'obéis avec joie , et ferai mon pouvoir A vous dire bientôt ce qui s'en peut savoir.

Page 1