‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 241 sur 248 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

D. ISABELLE, D. LÉONOR, U. ELVIRE, BLANCHE, CAllLOS, D. MANIIIQUE, D. LOPE.

Eb bieni madame, enfin on coniioît ma naissance; Voilà le digne fruit de mon obéissance, J'ai prévu ce malheur, et l'aurois évité Si vos commandements ne m'eussent arrêté.

Ils m'ont livré, madame, à ce moment funeste; Et l'on m'arrache encor le seul bien qui me reste! On me vole mon père ! ou le fait criminel !

On attache à son nom un opprobre éternel !

Je suis (ils d'un pêcheur, mais non pas d'un infâme; La bassesse du sang ne va point jusqu'à l'ame; Et je renonce aux noms de comte et de marquis Avec bien plus dbouneur qu'aux sentiments de fils;

Bien n en peut eflacer le sacré caractère.

De gi'ace , commandez qu on me rende mon père : Ce doit leur être assez de savoir <{ui je suis, ' Sans m'acçabler encor par de nouveaux ennuis.

D. MANRIQUE

Forcez ce grand courage à conserver sa gloire, Madame , et Fempéchez lui-même de se croire.

Nous n avons pu souffrir qu'un bras qui tant de (bi^ A fait trembler le Maure , et triompher nos rois, ' Reçût de sa naissance une tache éternelle; Tant de valeur mérite une s(ûurce plus belle. Aidez ainâi que nous ce peuple à s'abuser; n aime son erreur, daignez Fautoriser :

A tant de beaux exploits rendez cette justice. Et de notre pitié soutenez Fartifice.

GARLQS.

Je suis bien malheureux si je vous fais pitié > ! Reprenez votre orgueil et votre inimitié.

Après que ma fortune a soûlé votre envie.

Vous plaignez aisément mon entrée à la vie; Et, me croyant par elle à jamais abattu,

' Tout ce que dit ici Gaflos est grand, sans enflure, et d*tine beauté vraie. Il n'y a que ce vers, pris de l'espagnol, dont le bon goût puisse être mécontent :

A f exemple dn ciel , j'ai fait beaucoup de rien.

Ces traits bardis surprennent souvent le parterre; mais y a-t-il rien de moins convenable que de se comparer à Dieu? quel rapport les actions d*un soldat qui s'est élevé peuvent-elles avoir avec la création? On ne saurait être trop en garde contre ces by^ perboles audacieuses, qui peuvent éblouir des jeunes gens, que tous les bommes sensés réprouvent, et dont vous na trouveras

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