‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 246 sur 248 · ACTE V, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIII

Avoit couru chercher ce fils si fovt vanté.

D. LÉONOR

Don Raimond , si vos yeux pouvoient le reconnoître...,

D. BAIMOND.

Oui, je le vois, madame. Ah! seigneur! ah! mou maître!

D. LOPE

Nous Pavions bien jugé: grand prince, rendez-vous; La vérité paroît, cédez aux vœux de tous,

D. LÉONOR

Don Sanche, voulez-vous être seul incrédule?

CAHLOS.

Je crains encor du sort un revers ridicule :

Mais, madame, voyez si le billet du roi Accorde à don Raimond ce qu'U vous dit de moi. D. LÉ ONOn ouvre fécrin, et en tire un billet qu'elle lit. « Pour tromper un tyran je vous trompe vous-même. K Vous reverrez ce fils que je vous fais pleurer : " Cette erreur lui peut rendre un jour le diadème; « Et je vous Tai caché pour le mieux assurer.

n Si ma feinte vers vous passe pour criminelle, " Pardon nez- moi les maux qu'elle vous fait souffrir, .1 De crainte que les soins de l'amour maternelle « Par leurs empressements le fissent découvrir.

" Nugne, un pauvre pécheur, s'en croit être le père; .< Sa femme en son absence accouchant d'un fils mort, " Elle reçut le vôtre, et sut si bien se taire, • Que le père et le fils en ignorent le sort.

Il Elle-même l'ignore; et d'un si grand échange " Elle sait seulement qu'il n'est pas de son sang, " £t croit que ce présent, par un miracle étrange,

473 BON SANGHE.

« Doit un jour par vos mains lui rendre son vrai rang.

« A ces marques un jour daignez le reconnoitre ; « Et puisse r Aragon, retournant sous vos lois, « Apprendre ainsi que vous , de moi qui Tai vu naître , « Que Sanche, fils de Nugne, est le sang de ses rois!

« DON FERNAND d'aBAGON. »

Ah! mon fils, s'il en £aiut encore davantage. Croyez-en vos vertus et votre grand coura^^.

CARLOS, à donaLéonor.

Ce seroit mal répondre à ce rare bonheur Que vouloir me défendre encor d'un tel honneur. (à dona Isabelle,) Je reprends toutefois Nugne pour mon vrai père. Si vous ne m'ordonnez, madame, que j'espère.

D. ISARELLE.

c'est trop peu d'espérer, quand tout vous est acquis. Je vous avois fait tort en vous faisant marquis ; Et vous n'aurez pas lieu désormais de vous plaindre De ce retardement où j'ai su vous contraindre. Et pour moi, que le ciel destinoit pour un roi Digne de la Castille, et digne encor de moi, J'avois mis cette bague en des mains assez bonnes Pour la rendre à don Sanche , et joindre nos couronnes.

CARLOS

Je ne m'étonne plus de l'orgueil de mes vœux Qui sans le partager donnoient mon cœur à deux; Dans les obscurités d'une telle aventure L'amour se confondoit avecque la nature.

D. ELVIRE

Le nôtre y répondoit sans faire honte au rang,

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