DISSERTATION
Je me yois obligé de servir TignoraiiGe ;
J*enferme sous quatre verrous '
Sophocle, Euripide et Térence.
J'écris en insensé, mais j'écris pour des fous.
Le public est mon maître, il faut bien le servir; H faut pour son argent lui donner ce qu'il aime.
J'écris pour lui, non pour moi-même.
Et cherche des succès dont je n'ai qu'à rougir.
Il avoue ensuite qu'en France, en Italie, on regardait comme des barbares les auteurs qui travaillaient dans le (]^oùt quHl se reproche, et il ajoute qu'au moment qu'il écrit cette épître , il en est à sa quatre cent quatre-vingttroisième pièce de théâtre : il alla depuis jusqu'à plus de mille. Il est sûr qu'un homme qui a fait mille comédies n'en a pas fait une bonne.
Le grand malheur de Lope et de Shakespeare était d'être comédiens : mais Molière était comédien aussi ; et au lieu de s'asservir au détestable goût de son siècle, il le for^ k prendre le sien.
Il y a certainement un bon et un mauvais goût ; si cela n'était pas, il n'y aurait aucune différence entre les chansons du Pont-Neuf et le second livre de Virgile. Les chantres du Pont-Neuf seraient bien reçus à nous dire : Nous avons notre goût; Auguste, Mécène, PoUion, Varius, avaient le leur; et la Samaritaine vaut bien l'Apollon palatin.
Mais quels seront nos juges? diront les partisans de ces pièces irrégulières et bizarres. Qui? toutes les nations, excepté vous. Quand tous les hommes éclairés de tous pays, quibiLS est equus et pater et res^ se réuniront à estimer le second, le troisième, le quatrième et le sixième
' Encierro los préceptes con sois Uavcs, el«.
livre de Virgile, et le sauront par creur, soyez sur que re sont là des beautés de tous les temps et de tous les lieux. Quand tous verrez les beaux morceaux de Cinna et A'Athalie applaudis sur les théâtres de l'Europe, depuis Pétersbourg jusqu'à Parme, concluez que ces tragédies sont admirables avec leurs défauts; mais si on ne joue jamais les vôtres que chez vous seuls , que pouvez-vous eu conclure?
HÊRACLIUS,