DISSERTATION
quelle mortification lui aurait-on donnée? Il aurait é avéré qu'il avait imité sept ou huit vers d'un ouvrage et4 pagnol. U Peut avoué alors comme il avait avoué se» tra^ d actions de Guillem de Castro , quand on les lui eut îih justement reprochées , et comme il avait avoué la traduetion du Menteur. C'est rendre service à sa patrie que d« faire passer dans sa langpie les beautés d'une langue étrangère. S'il ne parle pas de Caldéron dans son examen , c'est que le peu de vers traduits de Caldéron ne valait pas la peine qu'il en parlât.
Il dit dans cet examen que son Héraelius est un origirui dont tl ^ est fait depuis de belles copies. Il entend toutes no^ pièces d'intrigues où les héros sont méconnus. S'il availj eu Caldéron en vue , n'aurait^l pas dit que les Espa-I gnols commençaient enfin à imiter les Français , et leuB faisaient le même honneur qu'ils en avaient reçu? aurait-il sur-tout appelé VHéraclius de Caldéron une belle; copie? i
On ne sait pas précisément en quelle année la Fi Comedia fut jouée; mais on est sûr que ce ne peut plus tôt qu'en 1637, et plus tard qu'en i64o* Elle se trou citée, dit-on, dans des romances de i64i. Ce qui est cer-f tain , c'est que le docteur maître Emmanuel de Guera, jugtf ecclésiastique, chargé de revoir tous les ouvrages de Caldéron après sa mort, parle ainsi de lui en i68a : Lo qtt^ mas admiro y admiré en este raro ingenio fue que à nin^ guno imito. Maître Emmanuel aurait-il dit que Caldéroi4 n'imita jamais personne, s'il avait pris le sujet dUHéracliuB dans Corneille ? Ce docteur était très instruit de tout cer qui concernait Caldéren ; il avait travaillé à quelques une» de ses comédies : tantôt ils faisaient ensemble des pièces galantes , tantôt ils composaient des actes sacramentaux^ qil*on joue encore en Elspagne. Ces actes sacramentauQi ivssemblent, pour le fond, aux anciennes pièces italien- .
I DE VOLTAlIïi:. tig
An et françaises, tirées de l'Ëcrilurc, iiiaiï ils sont dur- Jjpéi de beaucoup d'épiaodca et Je lictions. Le peuple de [Madrid y courait en foule. Le roi Philippe IV envoyait Jlonles ces pièces à Louis XIV tes premières années de son ■g mariage.
i Au reste, il est très inutile au progrès des arts de savoir ■ qui est l'auteur original d'une douzaine de vers. Ce (jui (j«t utile , c'est de savoir ce qui est bon ou mauvais , ce qui Ijest bien ou mal conduit, bien ou mal exprime, et de se
fairedesidées justes d'un art si long-teuips barbare, cul- ^vé aujourd'hui dans toute l'Europe, et presque perfcc- Jtionné en France.
X On fait quelquefois une objection spécieuse en faveur i^des irrégularités des théâtres espagnol et anglais. Des pcugples pleins d'esprit se plaisent, dit-on, o ces ouvrages; i. romment peuvent-ils avoir tort ?
|1 Pdur répondre à cette objection tant rebattue, écou- ItonsLope de Vega lui-même, génie égal pour le moins à IShakespeare. Voici comme il parle ^ peu près dans son i^ître en vers, intitulée ^ouiiel nrt dr faire des comédies en |(« temps:
1 Les Vandale», les Gollis, dans leurs écril^ biiarrei,
DédaienÈrent le goûl des Grecs et des Romains ; Nos aïcui ont marche dans ces nouveaux cIiGmins : Nos aieui i^laienl des barbares '.
L'abus régne, l'art tombe, et la raison s'enfuit.
Avec art, avec goiit, n'en recueille aucun fruit. 11 vit dans le mépris, el meurt dans l'indigence'.