‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 27 sur 248 · REMARQUE · texte numérisé non relu

REMARQUE

«vu représenter, ont encore de la peine à Ten- » tendre , et qu'on se lasse à la fin

u D'un divertissement qui fait une fatigue.

«Dans Héraclius, sujet et incidents, tout est de « Tinvention du génie fécond de Corneille, qui, u pour jeter de grands intérêts, a multiplié des « incidents peu vraisemblables. Croira-t-on une «mère capable de livrer son propre fils à la « mort, pour élever sous ce nom le fils de Pem- « pereur mort? Est-il vraisemblable que deux M princes^ se croyant toujours tous deux ce qu'ils u ne sont pas , parcequ'ils ont été changés en «nourrice, s'aiment tendrement, lorsque leiu* (t naissance les oblige à se détester^ et même à se «perdre? Ces choses ne sont pas impossibles; «mais on aime mieux le merveilleux qui naît «de la simpUcité d'une action, que celui que « peut produire cet amas confus d'incidents ex- « traordinaires. Peu de personnes connoissent « Héraclius; et qui ne connoit pas Athalie?

« Il y a d'ailleurs de grands défauts dans Héra- « clius. Toute Faction est conduite par un per- « sonnage subalterne qui n'intéresse point : c'est « la reconnoissance qui fait le sujet , au lieu que « la reconnoissance doit naître du sujet , et eau-

■ ser la péripétie. Dans Uéraclius, la péripétie « précède la reconnoissance, La péripétie est la " mort de Phocas : les deux princes ne sont re- « connus qu'après cette mort; et comme alors " ils n'ont plus à le craindre, qu'importe au spec- " tateur qui des deux soit Héraclius? Il me pa- .' roît donc que le poète qui sest conformé aux u principes d'Aristote, et qui a conduit sa pièce u dans la simplicité des traj^èdies grecques, est M celui qui a le mieux réussi. «

J'avoue que je ne suis pas de l'avis de M. Louis Racine en plusieurs points. Je crois qu'une mère peut livrer son fils à la mort pour sauver le fils de son empereur; mais, pour rendre vraisemblable une action si peu naturelle , il faudrait que la mère eût été obligée d'en faire serment, qu'elle eût été forcée par la relij;ion , par quelque motif supérieur à la nature : or, c'est ce qu'on ne trouve pas dans VHéractius de Fierre Corneille; Léontine même est d'un caractère absolument incapable d'une piété si élranpfe; c'est une intrigante, et même une très méchante femme , qui réserve Héraclius à un inceste' : de

* Aqui faut-il en croire sur les intentions de Corneille? ii'pst-ce pas plutôt k Corneille lui-même qu'à son commcntjteur? Or, loin d'attribuer à Léontine le détestable pro-

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