‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 55 sur 248 · LÉONTINE, EUDOXE · texte numérisé non relu

LÉONTINE, EUDOXE

LKONTISF,.

Ce n'est plus avec vous qu'il faut que je déguise; A ne vous rien cacher son amour m'autorise : Vous saurez les desseins de tout ce que j'ai fait',

Et pourrez me servir à presser leur effet.

Notre vrai Martian adore la princesse :

Aaimons toutes deux l'amant pour la maîtresse;

Taisons que son amour nous venge de Pliocas =,

■ Cela n'est pas français, il faul les raiiom, ou apprenez m inseins et tout « que f ai fait.

' Il paraîl que Léonlinc n'a pris aucune mesure : elle a uor e péraDCe vague qu'un jour Martian , s* crnjani Héracliu

propre |

ère Phoca» ; (nais elle n'est si'ire île rien : elle «

Tepait de l'idée d'un parricide, à ijuui Euduxe ï' oppose- Irès raL-

Irigne. 11 n'est guère dans la nature qu'elle ait élevé Marlian pour luer un jour son père ; on ne medile pas un parricide de si loin. Aujourd'hui qu'il s'agit de faire régner Héraclius, il n'importe par quelles mains Pbocas périsse. Un parricide n'est ioi qu'une horreur inutile ; à peine est-il question de ce parricide

La fable a imaginé de telles ittrocilés dans la famille d'Airée;

Hiï-mèiues , emportés par la fureur de leur vengeanee. Qunnd ili CQDim^lenl ces parricideï, quand Airée fait manger àTliyesle u propres enfants, c'est dans l'excès de l'emportement qu ins-

i36 HÉRACLIUS.

Et de son propre fils arme pour nous le bras.

Si j'ai pris soin de lui, si je Tai laissé vivre.

Si je perdis Léonce, et ne le fis pas suivre,

Ce fat sur Fespoir seul qu'un jour, pour s'agrandir,

A ma pleine vengeance il pourroit s'enhardir.

Je ne l'ai conservé que pour ce parricide.

EUDOXE

Ah, Madame!

LÉONTINE

Ce mot déjà vous intimide!

C'est à de telles mains qu'il nous faut recourir; C'est par là qu'un tyran est digne de périr; Et le courroux du ciel, pour en purger la terre, Nous doit un parricide au refas du tonnerre.

C'est à nous qu'il remet de l'y précipiter :

Phocas le commettra, s'il le peut éviter; Et nous immolerons au sang de votre frère Le père par le fils, ou le fils par le père.

L'ordre est digne de nous; le crime est digne d'eux:

ans; cela serait froid et ridicule. Ici, c'est une gouvernante d'cofants qui, sans aucun intérêt personnel , a livré son propre fils ^ la mort, il y a vingt ans, dans Tespcrance que Martian, substitué à ce Hls , tuerait dans vingt ans son père Pliocas ; cela n'est guère dans l'ordre des possibles.

Remarquons sur-tout que les atrocités font effet au théâtre quand la passion les excuse, quand celui qui va tuer quelqu'un a des remords, quand cette situation produit de grands mouvement!)- C'est ici tout le contraire. Il n'y a point de lecteur qui ne fasse aisément toutes ces réflexions; mais, au tliéâtre, le spectateur, occupé de l'intrigue, s'attacbc peu à démêler ces défauts qui sont sensibles à la lecture.

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