‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 62 sur 248 · ACTE II, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VU

Je cruis que les raisons que vous m'avez donuécs M'en ont seules caché le secret tant d'années. Dautres soupçon ne roi ent qu'un peu d'ambition, Du prince Martiati voyant la passion.

Pour lui voir snr le trône élever votre fille, Âuroit voulu laisser l'empire en sa famille, Et me faire trouver un tel destin Lien doux Dans l'éternelle erreur d'être sorti de vous : Mais je tiendroisàcrimeunc telle pensée'.

Je me plains seulement d'une ardeur insensée. D'un détestable amour que pour ma propre sœur Vous-même vous avez allumé dans mon cœur.

Quel dessein faisiez-vous sur cet aveugle inceste'?

LtONTINE.

Je vous aurois tout dit avant ce nœud funeste;

preSEioa. La dignité d'un effort, ei les raisons qui oril i^achi! lanl d'années h secret iTun effort, sont bien luln de faire une phrase nelle. L'e p es endu on nue eu en uo i seulement pour comprendre 1 n(r gae ua i suuvcnt pt>u cumprcndrG le sens

' Teai a nme nés pas f an^a

' Cela n e pas trança s 1 eu d e i; attendienr-vous du périt où nous me t J comn tt u ncesie? quel projet formie^vou u es Ma on e peu dire faire un des-

kir: on d b en on o fona d e mondessciu est d'al-

Ur, f ai le de d'ail e ma n n | a 7 fais un dessein sur

voi». Bac ne a

Déplus, on a des desseins sur i|neliju'un, niiiis on n'ii poiril da leBwini sur quelque chose ; on ne t'aii poïnl des desseins, on fait

i48 HÉRACLIUS.

Et je le craignois peu, trop sûre que Phocas, Ayant d'autres desseins , ne le souffriroit pas ' .

Je voulois donc, seigneur, qu'une flanune si l Portât votre courage aux vertus dignes d'elle», Kt que, votre valeur Fayant su mériter, T^e refus du tyran vous pût mieux irriter.

Vous n avez pas rendu mon espérance vaine :

J'ai vu dans votre amour une source de haine; Et j'ose dire encor qu'un bras si renommé ^

des projets. Ces règles paraissent étranges au premier coup < et ne le sont point. Il y a de la différence entre dessein et p un projet est médité et arrêté ; ainsi on fait un projet : d donne une idc<e plus vague ; voilà pourquoi on dit (pi'un rai fait un projet de campagne^ et non pas un dessein de camp

Ce même embarras, cette même énigme continue toujours, tian fait des objections à Léontine; il ne parle de son incesti pour demander à cette femme quel dessein elle fesait sur cet in

' Pouvait-eUe être sûre que Phocas s* opposerait à cet anc Elle ne donne ici qu'une défaite ; et tout cela n'a rien de traçi rien de naturel.

* La réponse de Léontine ne peut qu'inspirer beaucoup d fiance à Martian, qui se croit Héraclius : Je voulais vousn amoureux de votre sœur^ afin de vous inspirer Vardeur de w votre père. Ce discours subtil doit indigner Martian; il doi pondre : N*aviez-vous pas dautres moyens? nétes-vous pas um méchante et très imprudente femme ^ d'avoir pris le parti de i poser à être incestueux? ne valait-il pas mieux m*apprendn naissance? Sur quoi pensez-vous que le motif de venger mon ne rrieûtpas suffi? fallait-il que je fusse amoureux de ma sœur faire mon devoir? Comment voulez-vous que je croie la mau raison que vous rn alléguez?

^ Un bras renommé * !

* En poésie , tout ce qui se peut dire d'une personne peut se dire é{ ment de son bras , qui est pris alors pour la personne même : bras renoi

ACTI-: II, SCÈNF Vil. r j

Peut-êlie auroit moins fait si le cœiir iiViil aimé. Achevez donc, seigneur; et piiis(|uc Pulchérie Doit craindre l'attentat d'une aveufjle furie'....

M AHTIAIV.

Peut-être il vaudroit mieux moi-même la porter A ce que le tyran témoijjnc en souhaiter^ ; Son amour, qui pour moi résiste à sa colère, N'y résistera plus quand je serai son frère.

Pourrois-jc lui trouver un plus illustre épuu\''

Lto^TI^E.

Seigneur, qu'allez-vous laire? et que me dites-vous'

MABTIAN.

Que peut-être, pour rompre un si digne hyméiiéc, , J'expose il tort sa tête avec ma destinée, • Et fais d'Héraclius un chef de couj urcs

Dont je vois les complots encor mal assurés.

Aucun d'eux du tyran n'approche la pcrsonru! :

Et([uandméme l'issue en pourroit être honne, , Peut-être il m'est Lionleu\ de lepreiidre léttiif I Car l'infâme succès d'im lâche assassinat; I Peut-être il vaudroit mieux en tète d'une armée I Faire parler pour moi toute r

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'V*reicorani«cen.

i5o HÉRACLIUS.

Et trouver à l'empire un chemin glorieux Pour venger mes parents d'un bras victorieux ' . C'est dont je vais résoudre avec cette princesse, Pour qui non plus Tamour, mais le sang m'intéresse^ Vous, avec votre Eudoxe....

LÉONTINE

Ah, seigneur! écoutez.

MARTIÂN.

J'ai besoin de conseils dans ces difficultés; Mais, à pai'ler sans fard, pour écouter les vôtres, Outre mes intérêts vous en avez trop d'autres. Je ne soupçonne point vos vœux ni votre foi; Mais je ne veux d'avis que d'un cœur tout à moi. Adieu3.

* Il semble, par la phrase, que c*est d'uo bras ennemi Tictorieux du bras de Phocas, quil vengera ses parents; et l'auteur entend que le bras victorieux de M artian • cru Iléraclius , les vengera.

' Cela n*est pas français ; et d'ailleurs les grands mouvements, nécessaires au théâtre , manquent à cette scène.

3 Martian n'a joué dans cette scène qu'un rôle froid et avilissant. Léontine se moque de lui. Il n'agit point, il ne fait rien, il n'aime point, il n'a aucun dessein, aucun mouvement tragique; il n'est là que pour être trompé.

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