SCÈNE I
MARÏIAN, l'L'LCHÉlilt:.
Je veux bien 1 avouer, madaïue, car mon cœur A de la peiae encore à vous uoanuer ma sœur.
Quand malgré ma fortune à vos pieds abaissée, J'osai jusques à vous éleser ma pensée, Plus plein d étonnement que do timidité , J "interrogée i s ce cœur sur sa témérité; Et dans ses mouvements, pour secrète réponse, Je sentois quelque chose au-dessus de Léonce, Dont, malgré ma raison , rimpéncu\ effort Emportoit mes désirs au-delà de mou sort.
PLLCIIÊRIE,
Moi-même assez souvent j'ai senti dans moname Ma naissance eu secret me repiocher ma flamme.
' La preiniére scène de ce Iruijïèuie ncte a la mérae obscui «pe tout ce qui précède ; el, p.ir conseiiuerii , Iv jeu Jps passiui In moaremenls du cœur ae peuvent encore ïe di'plover t iieti terrible, rie d de tragique, Hen de tendre; luiit >e pnâ^e en l'i'l.i i^Uiemenls, eo reHeiion^, en sutitililé-'', l'ii iiii;;u>i'ï , nui- l'inli i ^ cnnosité 90U lient Id pièce.
i54 HÉRAGLIUS.
Mais quoi! rimpératrice à qui je dois le jour,
Avoit innocemment fait naître cet amour :
J'approchois de>quinzc ans, alors qu'empoisonnée*
Pour avoir contredit mon indigne hyménée
Elle mêla ces mots à ses derniers soupirs :
« Le tyran veut surprendre ou forcer vos désirs,
a Ma fille, et sa fureur à son fils vous destine :
« Mais prenez un époux des mains de Léontine;
« Elle garde un trésor qui vous sera bien cher. »
Cet ordre en sa faveur me sut si bien toucher,
Qu'au lieu de la haïr d'avoir livré mon frère
J'en tins le bruit pour faux, elle me devint chère;
Et confondant ces mots de trésor et d'époux,
Je crus les bien entendre, expliquant tout de vous.
J'opposois de la sorte à ma fière naissance
Les favorables lois de mon obéissance^;
Et je m'imputois même à trop de vanité
De trouver entre nous quelque inégaUté.
' Voilà encore une nouvelle préparation , une nouvelle avantscène. On n'apprend qu'au troisième acte que la mère de Pult'hérie a été empoisonnée ; on apprend encore qu ellea dit que Léontine g«irdait un trésor pour la princesse. Tous ces cchafauds doivent être posés au premier acte , autant qu'on le peut , afin que l'esprit n'ait plus à s'occuper que de l'action.
* Tous ces raisonnements subtils sur l'amour et sur la force du san{r, auxquels Martian répond aussi par des réHexions, sont d'ordinaire l'opposé du tragique. Les subtilités ingénieuses amusent l'esprit dans un livre , et encore très rarement ; mais tout ce qui n'est point sentiment, passion, pitié, terreur, est froideur au théâtre. Qu'est-ce que c'est qu'une yîère naissance et les lois dune obéissance?