‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 92 sur 248 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

L'un des deux est ton fils , l'autre est ton empereur. Tremble dans ton amour, tremble dans ta fureur. Je te veux toujours voir, tjuoi que ta raye fasse, Craindre ton ennemi dedans la propre race, Toujours aimer ton fils dedans ton ennemi.

Sans être ni tyran, ni père qu'à demi.

Tandis qu'autour des deux tu perdras ton étude, Mon ame jouira de ton inquiétude ; Je rirai de ta peine; ou, ai tu m'en punis, Tu perdras avec moi le secret de ton fils,

Et si je les punis tous deux sans les connoître. L'un comme Héraclius, l'antre pour vouloir l'être?

Je m'en consolerai quand je verrai Phocas Croire affermir son sceptre en se coupant le bras, Et de la même main son ordre tyrannique ' Venger Héraclius dessus son Fds imique.

PHOCAS

Quelle reconnoissance, ingrate! tu me rends Des bienfaits répandus sur toi, sur tes parents. De t' avoir confié ce fils que tu me caches, D'avoir mis en tes mains ce cœur que tu m'arraches , ■ D'avoir mis à tes pieds ma cour qui t'adoroiti Rends-moi mon t'As, ingrate.

r.KONTINI^.

Il m'en désavoueroit;

' Un ordre n'a point lie main , el la phrase est (rop ineurreelo ; i'i^n-ai Phocas se couper le bras, et son onlie venger Héraclius de

196 HÉRACLIUS

Et ce fils, quel qu il soit, que tu ne peux connottre A le cœur assez bon pour ne vouloir pas Fétre. Admire sa vertu qui trouble ton repos.

C'est du fils d'un tyran que j'ai fait ce héros; Tant ce qu'il a reçu d'heureuse nourriture ' Dompte ce mauvais sang qu'il eut de la naturei C'est assez dignement répondre à tes bien£sdts Que d'avoir dégagé ton fils de tes forfaits.

Séduit par ton exemple et par sa complaisance, Il t'auroit ressemblé, s'il eût su sa naissance; Il seroit lâche, impie, inhumain comme toi^!

Et tu me dois ainsi plus que je ne te doi^.

EXUPÈRE

L'impudence et l'orgueil suivent les impostures. Ne vous exposez plus à ce torrent d'injures ,

' Ce terme, nourriture y mërite d*étre en usage; il est très snp rieur à éducation ^ qui, étant trop long et composé de syllab sourdes, ne doit pas entrer dans un vers.

* Remarquez que , dans le cours de la pièce, Phocas n*a été lâche, ni impie, ni inhumain : ces injures vagues sentent trop déclamation ; et , encore une fois , une domestique ne parle poi ainsi à un empereur dans son propre palais. Qu il serait beau faire sous-ent«ndre toutes les injures que disent Léontine et Pi chérie, au lieu de les dire! que ce ménagement serait touchant plein de force! Mais que ce vers est beau; cest du fils d'un tyr que f ai fait un héros! Il est un peu gâté par les deux vers faîbl qui le suivent.

' On dit indifféremment dois et doi^ vois et voi, croîs et en fais et faiy prends et pren , rends et ren , dis et <£i, avertis et aven mais il n*est pas d'usage d'y comprendre, j> suis, je puis, oo peux; on ne peut dire , je pui,je peu , je sui : et toutes Ici fo que la terminaison est sans s, on ne peut y en ajouter une; dot pas permis de dire, je donnes ^ je soupires ^ je trembles.

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