‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 106 sur 285 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

BÉRÉNICE,TIÏE.PHILON,FLAVlAN.

TITE

Eh bien! madame, eh bien! faut-il tout hasarder? Et venez-vous ici pour me le commander?

BËni^Nici:.

De ce qui m'est permis je sais mieux la mesure, Seigneur ; et jai pour vous une flamme trop pure l'our vouloir, en faveur d'un zèle ambitieux. Mettre au moindre péril des jours si précieux. Quelque pouvoir sur moi que notre amour obtienne,, J ai soin de votre gloii'e; ayez-en de la mienne. Je ne demande plus que pour de si beaux leux

174 TlTE ET BÉRÉNICE.

Votre absolu pouvoir hasarde un Je le veux.

Cet amour le voudroit; mais, coïuiûe je suis reine,

Je sais des souverains la raison souveraine.

Si l'ardeur de voua voir a voulu Tigfnorer ,

Si mon indigne exil s'est permis d'espérer,

Si j'ai rentré dans Rome avec quelque imprudence,

Tite à ce trop d'ardeur doit un peu d'indulgence.

Souffrez qu'un peu d'éclat, pour prix de tant d'amou

Signale ma venue, et marque mon retour.

Voudrez-vous que je parte avec l'ignominie

De ne vous avoir vu que pour me voir bannie?

Laissez-moi la douceur de languir en ces lieux,

D'y soupirer pour vous, d'y mourir à vos yeux:

C'en sera bientôt fait, ma douleur est trop vive

Pour y tenir long-temps votre attente captive;

Et si je tarde trop à mourir de douleur,

J'irai loin de vos yeux terminer mon malheur.

Mais laissez-m'en choisir la funeste journée;

Et du moins jusque-là, seigneur, point d'hyménée.

Pour votre ambitieuse avez-vous tant d'amour

Que vous ne le puissiez différer d'un seul jour?

Pouvez-vous refuser à ma douleur profonde....

TITE

Hélas! que voulez-vous que la mienne réponde? Et que puis-je résoudre alors que vous parlez. Moi qui ne puis vouloir que ce que vous voulez? Vous parlez de languir, de mourir à ma vue; Mais, ô dieux ! songez-vous que chaque mot me tue, Et porte dans mon cœur de si sensibles coups. Qu'il ne m'en faut plus qu'un pour mourir avant vou

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