‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 110 sur 285 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

J'y tremblois sous sa haine, et la laisse impuissante; J'y rentrois exilée, et j'en sors triomphante.

TITE

L'amour peut-il se faire une si dure loi?

B il: n É M c E.

La raison me la fait malgré vous, malgré moi - Si je vous en croyois, si je voulois m'en croire, Nous pourrions vivre heureux, mais avec moins de gloin

Épousez Domitie; il ne m'importe plus Qui vous enrichissiez d'un si noble refns.

C'est à force d'amour que je niarrache an vôtre;

Et je serois à vous , si j'airaois comme une autre.

Adieu, seigneur; je pars.

TITE

Ah! madame, arrêtez.

nOMlTIAN.

Est-ce là donc pour moi l'effet de vos bontés. Madame? Est-ce le prix de vous avoir servie?

J'assure votre gloire , et vous m'ôtez la vie !

TITE

Se vous alarmez point : quoi que la reine ait dit, Domitie est à vous , si j'ai quelque crédit.

Madame, en ce refus un tel amour cclatf, Que j'aurois pour vous l'ame au dernier point injjnite. Ëtmériteroiti mal ce qu'on a fait pour moi, Sijeportois ailleurs la main que je vous iloi. Tout esta vous: l'amour, l'honneur, liome lordoniiu. Un si noble refus n'enrichira personne.

J'en jure par l'espoir qui nous fut le pins dou.x ; Tout est à vous, madame, et ne sera qiiâ vousi

i8o TITE ET BÉRÉNICE.

Et ce que mon amour doit à Fexcès du vôtre Ne deviendra jamais le partage d'une autre.

BÉRÉNICE

Le mien vous auroit fait déjà ces beaux serments. S'il n eût craint d'inspirer de pareils sentiments : Vous vous devez des fils, et des césars à Rome, Qui fassent à jamais revivre un si grand homme.

TITE

Pour revivre en des fils nous n'en mourons pas moins,

Et vous mettez ma gloire au-dessus de ces soins.

Du levant au couchant, du Maure jusqu'au Scythe,

Les peuples vanteront et Bérénice et Tite;

Et l'histoire à Tenvi forcera lavenir

D'en garder à jamais l'illustre souvenir.

Prince, après mon trépas soyez sûr de l'empire;

Prenez-y part en frère, attendant que j'expire.

Allons voir Domitie, et la fléchir pour vous.

Le premier rang dans Rome est pour elle assez doux;

Et je vais lui jurer qu a moins que je périsse

Elle seule y tiendra celui d'impératrice.

Est-ce là vous l'ôter?

DOMITIAN

Ah! c'en est trop, seigneur.

TITE, à Bérénice.

Daignez contribuer à faire son bonheur, Madame, et nous aider à mettre de cette ame Toute Fambition d'accoixl avec sa flamme.

BÉRÉNICE

Allons, seigneur: ma gloire en croîtra de moitié, Si je puis remporter chez moi son amitié.

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