‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 127 sur 285 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Vous êtes empereur, seigneur, et vous pleurez ?

Ce Ters si connu fesait allusion à cette réponse de mademoiselle Mancini à Louis XIV : Fous m'aimez, vous êtes roi y vous pleurez , et je pars! Cette réponse est bien plus remplie de sentiment, est bien plus énergique que le vers de Bérénice. Ce vers même n'est au fond qu'un reproche un peu ironique. Vous dites qu'un empereur doit vaincre l'amour, vous êtes empereur, et vous pleurez l

Oui , madame , il est vrai , je pleure , je soupire.

Cela est trop faible; il ne faut pas dire ,je pleure ; il faut que par vos discours on juge que votre cœur est déchiré. J€ m'étonne comment Racine a cette fois manqué à une règle qu'il connaissait si bien.

Je sais qu'en vous quittant le malheureux Tiiu^ Passe l'ausléritë de toutes les vertus.

Cela me parait encore plus faible, parceque rien ne l'est tant que l'exagération outrée. Il est ridicule qu'un empereur dise qu'il y a plus de vertu, plus d'austérité^ à quitter sa maîtresse qu'à immoler à sa patrie ses deux enfants coupables. Il fallait peut-être dire , en parlant des Brutus et des Manlius^ Titus en vous quittant les égale peut-être: ou plutôt, il ne fallait point comparer une victoire remportée sur l'amour à ces exemples étonnants, et presque surnaturels, de la rigidité des anciens Romains. Les vers sont bien faits , je l'avoue ; mais , encore une fois , cette scène élégante n'est pas ce qu'elle devrait être.

Adieu.

Peut-être cette scène pouvait-elle être plus vive, et por-

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