‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 130 sur 285 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Ponr la dernière Foii, ailiea, seigneur, — Hr'tas !

Je n'ai rien i dire de ce cinquième acte, sinon que c'est en son genre un chef-d'œuvre, et qu'en le relisant avec des yeux sevèi^s, je suis encore étonné qu'on ait pu tirer des choses si touchantes d'une situation qui est toujours la même; qu'on ait trouvé encore de quoi attendrir quand on parait avoir tout dit; que mt^me tout paraisse neuf dans ce dernier acte, qui n'est que le résumé des quatre précédents : le mérite est égal à la difficulté, et cette difficulté était extrême. On peut être un peu choque qu'une pièce finisse par un hélas! il fallait être sur de s'être rendu maître du cœur des spectateurs pour oser finir ainsi.

Voila, sans contredit, la plus faible des tragédies de Racine qui sont restées au tlu-àtre. Ce n'est pas même une tragédie. Mais que de beautés de détail, et quel charme inexprimable règne presque toujours dan» la diction! Pardonnons à Corneille de u'avuir jamais connu ni cette pureté ni cette élégance; mais comment se peut-il que personne depuis Racine n'ait approché de ce style enchanteur? Est-ce un don de U nature? est-ce le fruit d'un

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travail assidu? Cest Feffet de Fun et de Fautre. Il n'est pas étonnant que personne ne 3oit arrivé à ce point de perfection; mais il Fest que le public ait depuis applaudi avec transport à des pièces qui à peine étaient écrites en français , dans lesquelles il n'y avait ni connaissance du cœur humain, ni bon sens , ni poésie; c'est que des situations séduisent^ c'est que le goût est très rare. Il en a été de même dans d'autres arts. En vain on a devant les yeux des Raphaël, des Titien, des Paul Véronèse; des peintres médiocres usurpent après eux delà réputation, et il n'y a que les connaisseurs qui fixent à la longue le mérite des ouvrages.

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