LÉON, IRÈNE
UlfeNE.
Vous ne me dites rien, Seigneur; attendez-vous que j'ouvre l'entretien?
LÉON
A dire vrai, ma sœur, je ne sais que vous dire. Aspar m'aime, il vous aime : il y va de l'empire; Et, s'il faut qu'entre nous on balance aujourd'hui, La princesse est pour moi , le mérite est pour lui. Vouloir qu'en ma taveur à ce grade il renonce.
•134 PULCHÉRIE
C'est faire une prière indigne de réponse;
Et de son amitié je ne puis Texiger,
Sans vous voler un bien qu'il vous doit partager.
C'est là ce qui me force à garder le silence : Je me réponds pour vous à tout ce que je pense; Et puisque j'ai souffert qu'il ait tout votre cœur, Je dois souffrir aussi vos soins pour sa grandeur.
IRÈNE
J'ignore encor quel iruit je pourrois en attendre. Pour le trône, il est sûr qu'il a droit d'y prétendre; Sur vous et sur tout autre il le peut emporter : Mais qu'il m'y donne part, c'est dont j ose douter. Il m'aime en apparence, en effet il m'amuse; Jamais pour notre hymen il ne manque d'excuse; Et vous aime à tel point, que, si vous l'en croyez. Il ne peut être heureux que vous ne le soyez : Non que votre bonheur fortement l'intéresse; Mais sachant quel amour a pour vous la princesse, Il veut voir quel succès aura son grand dessein, Pour ne point m'épouser qu'en sœur de souverain : Ainsi depuis deux ans vous voyez qu'il diffère : Du reste à Pulchérie il prend grand soin de plaire, Avec exactitude il suit toutes ses lois; Et dans ce que sous lui vous avez eu d'emplois Votre tète aux périls à toute heure exposée M'a pour vous et pour moi presque désabusée; La gloii^ d'un ami, la haine d'un rival, La hasardoient peut-être avec un soin égal.
Le temps est arrivé qu'il faut qu'il se déclare; Et de son amitié l'effort sera bien rare