‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 145 sur 285 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

fier de mes cheveux blancs , et fort de ma Foiblesse; Et quand je ne peosois qu à remplir mon devoir. Je devenois amant siius m'en apercevoir.

Mou ame de ce fen nonchalamment saisie Ne l'a point reconnu que par ma jalousie ; Tout ce qui l'approchoit vouloit me l'enlever. Tout ce qui lui parloit cherchoît à m'en priver; Je tremhlois quà leurs yeux elle bh tut trop belle; Je les haïssois tous comme plus dignes d'elle, Et ne pouvois souffrir qu'on s'enrichit d'un bien Que j'enviois à tous sans y prétendre rien.

Quel suppUce d aimer un objet adorable, Et de tant de rivaux se voir le moins aimable ! D'aimer plus qu'eux ensemble, ci n'oser de ses feux, Quelques ardents qu'ils soient, se promettre autan t que On aurait deviné mon amour par ma peine, Si la peur que j'en eus n'a voit fui tant degénc: L'auguste Pulchérie avoit beau me ravir, J'attendois à la voir qu'il la fallût servir : Je fis plus, de Léon j'appuyai l'espérance; La princesse l'aima, j'en eus la confiance, Et la dissuadai de se donner à lui Qu'il ne fut de 1 empire ou le maître ou l'appui Ainsi, pour éviter un hyuien si funeste, Sans rendre heureux Léon, je détruisois le lestc: Et, mettant un long terme au succès de I amour, J'espérois de mourir avant ce triste jour.

Nous y viHlà, ma Elle, et du moins j'ai la joie D'avoir à son triomphe ouvert l'unique ^oie.

J en mourrai du moment qu il recevra sa foi ,

^48 PULCHÉRIE

Mais dans cette doucieur qu'ils tiendront tout de mc»^

J'ai caché si long-temps- reniiui qui me dévore. Qu'en dépit que j'en aie enfin il s'évapore; L'aigreur en diminue à te le raconter :

Fais-en autant du tien; c'est mon tour d'écouter.

JUSTINEr

Seigneur, un mot suffit pour ne vous en rien taire : Le même astre a vu naître et la fille et le père; Ce mot dit tout. Souffrez qu'une imprudente ardeur. Prête à s'évaporer, respecte ma pudeur.

Je suis jeune, et l'amour trouvoit une ame tendre Qui n'avoit ni le soin ni l'art de se défendre : La princesse, qui m'aime et m'ouvroit ses secrets. Lui prétoit contre moi d'inévitables traits, Et toutes les raisons dont s'appuyoit sa flamme Étoient aiïtant de dards qui me traversoient l'ame. Je pris , sans y penser, son exemple pour loi : Un amant digne d'elle est trop digne de moï, Disois-je; et, s'il brûloit pour moi comme pour elle. Avec plus de bonté je recevrois son zélé.

Plus elle m'en peignoit les rares qualités, Plus d'une douce erreur mes sens étoient flattés. D'un illustre avenir l'infaillible présage Qu'on voit si hautement écrit sur son visage. Son nom que je voyois croître de jour en jour, Pour moi comme pour elle étoient dignes d'amour : Je les voyois d'accord d'un heureux hyménée, Mais nous n'en étions pas encore à la journée : Quelque obstacle imprévu rompra de si doux nœuds, Ajoutois-je; et le temps éteint les plus beaux feux.

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